à l'heure où

A l'heure où les hommes vivent, à la minute où ils veulent réussir, aimer, respirer, Franck Steiner voit sa maison prendre feu. Ses certitudes et ses valeurs les plus profondes volent en éclats. Les jours qui suivent l'embarquent dans un tourbillon de rencontres et d'expériences qui mettent en cause son passé et son identité...

Franck Steiner va vivre un enchaînement d'évènements qui vont entraîner des remises en cause, des rencontres, chambouler son quotidien, lui faire revoir le sens de sa vie et de ses relations.
C'est un homme qui va se retrouver dépassé, et qui ne va pas tout affronter comme il "faudrait", parfois égoïstement/lâchement, mais honnêtement envers lui même, en analysant, en (se) posant les questions qui (le) dérangent.

Qui est-il réellement, finalement? Qui est sa fille dont il a une image peut être bien différente de la réalité? Où est passé son père-ce-héros à la personnalité étouffante? Quel genre de père est-il lui même? Comment gérer la mort de son meilleur ami qui lui semble incompréhensible? 

Car voilà, personne n'est tout blanc ni tout noir, chaque personne a ses zones d'ombre, ses doutes, ses ambiguités, et ses limites qu'il dépasse parfois, mais tout le monde ne l'admet pas...

Sa maison brûlée réveille en lui le loup qui sommeillait. Un loup qui ne veillait plus qu'en dilettante sur sa tribu, un loup routinier, qui ne regardait plus autour de lui non plus...

A l'heure où les hommes vivent porte bien son titre, car Franck, 
écartelé, fait d'excès, de maladresses et de faiblesses (et, parfois, un peu antipathique) porte un peu tous les hommes en lui, alternativement.
Des hommes fils de, pères à leur tour, maris, perdus dans ce que l'on attend d'eux, qui ont un métier-échappatoire qui leur devient peu à peu étranger... des hommes parfois égoïstes (adeptes du "faites ce que je dis pas ce que je fais"...), qui veulent dominer, ont des pulsions, puis culpabilisent, et sont déstabilisés au milieu de la crise alors qu'ils sont eux-même pris dans un huis clos psychologique.
Des hommes devant admettre l'évolution de leur couple, accepter la révolte et la ferveur légitime de leurs enfants/adolescents sans les prendre de haut, en essayant de leur entendre, leur parler, et les autoriser à aimer un grand-père... 

 Franck Steiner est pris dans ces vertiges et nous embarque. Dans les cas de conscience qu'il a toujours voulu éviter (et le font se passionner pour le film La vie des autres qu'il visionne presque en boucle). Dans une sorte de burn out inconscient. Dans la tempête sous son crâne.

Delphine de Malherbe nous parle dans un style direct et sans tabous, de cette heure où les hommes vivent, ce moment présent où ils se savent "encore plus" mortels, cette heure du renouveau, moment charnière où ils doivent décider de ce qu'ils vont reconstruire sur les cendres de leur passé....


"... je contemplais sans tristesse ni joie le cadavre noir de suie de ma maison. Et je compris pourquoi ce qui devait brûler se consumait. J'avais observé ce spectacle chez les autres, mais maintenant que la combustion avait pris chez moi pour faire place nette, je saisissais en profondeur cette fatalité. Une partie de moi était tombée en cendres en même temps que cette maison, pour laisser place à une terre neuve et, qui sait, une autre végétation. je frissonnais. J'étais soulagé de laisser tomber de mes épaules de vieux manteaux, et avec eux, collées à la doublure, ces vieilles peaux obsolètes dans lesquelles je respirais mal."