épées

Je regarde comment on dit Panda. Ça se prononce Chiong-mao. Littéralement : ours-chat. Est-ce que Panda ronronne? Je le caresse comme ça sous la gorge. Panda grogne un peu.
Je feuillette le dictionnaire.
J'apprends qu'amour se dit « aïe ». Au moins, les Chinois on les prévient. L'amour c'est aïe. Riche se dit « fou ».
Pour parler de la mort, ce n'est qu'un petit sifflement. Comme le dernier souffle d'une abeille.

On se promènera sur une plage, on apprendra le chinois avec un panda, on allumera des incendies, on papotera avec un sushi, on sera jaloux et joyeux, on tombera amoureux des filles et des garçons (ça dépendra des fois), on fera de la magie noire, on se racontera des histoires et surtout on saura pourquoi il ne faut pas jouer avec les épées.

On ne joue pas avec les épées, on ne joue pas avec les coeurs, les sentiments des autres et surtout les siens...
Et pourtant, avec ce recueil de nouvelles, Fanny Salmeron m'a serré le coeur, et fait traverser des tas d'émotions, entre tristesse, tendresse et sourire devant ses mots, sa fantaisie, sa façon bien à elle de nous parler de la vie à travers son propre prisme, pour la pâtiner, faire doucement apparaître les cicactrices, décrire les petites douleurs, et les grandes peines, les illusions perdues, les folies... entre un panda, un sushi, un caillou, 
un syndrome de la tulipe, des psys pas toujours utiles, et Léo Ferré...

J'aime la fraîcheur, l'humour fin, la sincérité, l'imaginaire de Fanny, sa manière de conter, de dire beaucoup en peu de mots, sa fragilité, et sa délicatesse infinie... 
Cet univers mélancolique empli de poésie qui lui est propre mais qui fait écho dans nos cages thoraciques, et qui fait qu'encore une fois j'ai envie de vous hurler de vous précipiter sur ces petites merveilles de subtilité de nouvelles, ainsi que sur ses oeuvres précédentes encore disponibles. 
Vous serez embarqués, traversés, touchés.

"Je suis le petit caillou dans ta chaussure. Je suis la goutte de pluie froide qui arrive à se glisser dans ton cou. Je suis le moustique introuvable dans ta chambre à deux heures du matin. Je suis le métro bondé que tu ne peux pas prendre. Je suis le pollen qui te pique la gorge. Je suis ta déclaration d'impôts. Je suis le rayon de soleil qui t'aveugle. Je suis le feu qui passe au rouge devant toi. Je suis la musique trop forte chez le voisin du dessus. Je suis ta batterie faible au milieu d'une conversation. Je suis le caprice d'un enfant dans le train. Je suis ta soirée ennuyeuse qui s'éternise. Je suis ton petit orteil qui se cogne. Je suis ton robinet qui fait plic-ploc. Je suis le manque de sommeil de ton lundi matin. Je suis la grève des objets. Je suis le cheveu blanc que tu n'avais pas vu. Je suis l'homme dégoûtant qui te siffle dans la rue. Je suis le cil dans ton oeil. Je suis la date limite. Je suis tout ce qui périme. Je suis ta rage de dents. Je suis la sonnerie de téléphone quand tu dors. Je suis la file d'attente. Je suis les secondes trop lentes. Je suis les minutes trop courtes..."

L'auteur(e) >> Fanny Salmeron vit à Paris avec un chat étrange qui porte le nom d'une chanson de Björk, et, tous les deux, ils sont bien contents de s'être trouvés. Elle a écrit dans la revue Bordel et lit en robe partout ou on l'écoute.
Fanny a publié trois romans : 
Si peu d'endroits confortables (J'ai lu, 2011), Le Travail des nuages (Stéphane Million Éditeur, 2011) et Les Étourneaux (Points Seuil, 2015).