j'envisage de te vendre

Vous allez reconnaître les papiers peints, les rues pavillonnaires et les temples d'achat, la campagne bucolique et votre quotidien. Votre femme, votre mari, votre mère ne sont pas loin ; tout vous semblera familier. Oui, ça se passe près de chez vous. Mais les choses ont mal tourné. De quoi demain sera-t-il fait ? En déréglant les curseurs de notre société, Frédérique Martin convoque le règne des indignités ordinaires et flanque nos libertés au vestiaire. Voici venir le grand show des luttes de classes et de sexe, des dominations ou de la logique marchande. On peut désormais nous séquestrer, nous forcer à jouer, orienter nos choix ou décider à notre place. On peut aussi envisager de nous vendre. Mais pas que. 

Frédérique Martin m'avait chamboulée avec Le vase où meurt cette verveine, et émue avec Sauf quand on les aime. Je n'ai pas lu L'Echarde du silence avec lequel elle avait remporté le prix Prométhée de la nouvelle en 2004, mais je vais tenter de me le procurer, car après avoir lu J'envisage de te vendre, je peux le dire: Frédérique Martin est aussi une excellente auteur(e) de nouvelles (ce qui est rare, admettons-le).

J'envisage de te vendre est donc un recueil de nouvelles, dont la loufoquerie vraissemblable, saisissante et impertinente fait frémir à de nombreuses reprises.
L'insensibilité, l'impersonnalisation, la violence des mots/des gestes/du mépris, la primauté des intérêts à tirer, les dérives de notre société, tous ces thèmes sont abordés avec une finesse et une sensibilité qui en adoucissent le côté révoltant/angoissant.

Douze textes 
parfaitement mis en scène, denses, cyniques, humains, percutants et émouvants dans lesquels Frédérique Martin nous interpelle et nous alerte habilement.

"Ma mère attendait patiemment, agrippée à son sac, les yeux braqués sur moi. J'ai sorti de la voiture son fauteuil favori et, en m'arrangeant pour ne pas croiser son regard, je l'ai aidée à s’asseoir. Avec discrétion, j'ai accroché un panneau de carton sur le dossier en velours fatigué. J'y avais écrit : Mille cinq cents euros, siège compris."

Par ici, l'excellent court métrage tiré de la nouvelle dont est extraite la citation ci-dessus, interprété par Frédérique Martin elle-même: 


L'auteur(e) >> Frédérique Martin vit près de Toulouse. Prix Prométhée de la nouvelle pour L'Echarde du silence (Le Rocher, 2004), elle a publié, entre autres, un roman pour la jeunesse, un recueil de poésies, et deux romans aux éditions BelfondLe Vase où meurt cette verveine (2012), et Sauf quand on les aime (2014). Avec J'envisage de te vendre, elle renoue avec la nouvelle, son genre de prédilection. Son site: http://www.frederiquemartin.fr/