xenia

Xenia a 23 ans et se retrouve rapidement mère célibataire dans un quartier plutôt défavorisé... elle galère, change régulièrement de job, et n'a pas de quoi faire garder son fils, Ryan. C'est donc système D et entraide avec sa voisine, Blandine, et d'autres personnes du quartier, qui priment...
Xenia, et les autres, luttent au quotidien, et ne renoncent pas aux jours meilleurs.

Dans un style très direct, parlé, humain mais surprenant auquel j'ai eu du mal à accrocher, mais dans lequel j'ai beaucoup retrouvé l'écrivain de films/fictions, Gérard Mordillat nous décrit un monde réel, dur, un peu stéréotypé mais d'actualité.

Xenia est attachante, on ne peut rester insensible à ses difficultés de jeune maman rejetée par sa propre mère, à son passé, sa solitude, sa fatigue et ses peurs. 

Xenia, explique qu'en grec, son prénom veut dire "étrangère"... étonnant de s'appeler ainsi quand on est pas grecque... mais c'est ansi que la voyait sa mère...
Est ce pour cela qu'elle ne se sent jamais à sa place? 
Ou au cause de la dureté de sa "condition féminine", qui lui fait subir de régulières humiliations d'une violence "banalisée"? Se laisser exploiter
par manque de choix, par la force de l'intimidation. Voir les revendications étouffées, les syndicats et syndiqués mal vus. Jusqu'à la goutte d'eau qui...

Et les hommes que font-ils? Certains errent, volent, se battent, cherchent...
Gauvain, banquier divorcé, dégoûté par le capitalisme, par la crise et les clients agacés.
Samuel, fils de Blandine, jeune un peu fou fatigué du délit de sale gueule, en recherche d'identité.
Jipé, Biglouche, Aziz... des garçons qui subissent cette vie en cité faite de lois internes, et de règlements de comptes.

Xenia est un roman social nous dépeignant la vie des classes qui sont parfois  "étrangères" à certain(e)s, les classes ouvrières, les travailleurs de la "France qui se lève tôt", y compris le dimanche... 

Je dois dire que la révolte et la non résignation de Mordillat sont toujours "revigorantes" à lire, pourtant, pour être honnête, je n'ai malgré tout pas pu m'empêcher de trouver l'ensemble un peu "simple" (essentiellement dans la première moitié), mais nombre de passages sont ainsi emplis de vérités "crues", sans artifices.

Quoi qu'il en soit, le message global est touchant, combatif, positif et généreux.

"Bonjour madame Bonjour monsieur Carte ou espèces? Bonjour madame Au revoir madame Bonjour Faites votre code Bonjour madame Vous avez la carte de fidélité du magasin? Bonjour madame Bonjour madame, Blandine n'en peut plus de cette litanie quotidienne, des annonces publicitaires, de la musique sirupeuse censée encourager les acheteurs. Elle n'en peut plus de ces "bonjour, bonjour" débités comme les produits sur le tapis roulant et les bips infernaux des lasers de la caisse. Si elle n'avait pas Samuel, elle enverrait tout promener et partirait tenter sa chance ailleurs, à l'étranger, en Amérique. Elle essaye d'apprendre l'anglais avec une méthode et un CD mais elle a du mal, trop crevée, pas assez concentrée. Elle en est toujours, que symbole! à la leçon sur le conditionnel..."