Küpfer_Black_Widah

«Les Esprits de Whidah envahissent le fort, prennent possession de chaque parcelle de silence, les Esprits de Whidah dansent comme des lueurs se flairant dans la nuit...
Il m'est impossible d'évoquer mon arrivée à Whidah sans éprouver une violente émotion. Cette aventure a ébranlé nes nerfs pendant des mois entiers, projetant autour de moi une ombre d'inexplicable terreur.
Whidah... c'est dans ce fort isolé, étranglé par les racines de la forêt de Kpassé, où les esclaes sont embarqués pour les Amériques, et plus précisément vers le Brésil, pour travailler dans les plantations et dans les mines.»

Black Whidah est le premier opus d'un cycle romanesque intitulé "Les vies d'azur", et j'espère que le deuxième (il me semble que ce sera une trilogie) ne va pas trop tarder...
Car à peine plongée dans Black Widah, j'étais lancée dans l'aventure avec Gwen Gordon, jeune écossais parti naviguer pour fuir des engagements qu'il ne voulait pas prendre...
Au cours de ses divers voyages, il s'adonne à la piraterie, puis se retrouve à bord d'un bateau en partance pour la ville de Black Whidah 
(Guinée), un des plus grands ports de la traite négrière dans le début des années 1800. 
Nous partageons ses sentiments d'incompréhension, de sidération et de colère face à l'horreur dont ses "camarades" font preuve, face à leur sentiment de supériorité, et leur pratique sans scrupule de l'esclavage (comme de la chasse à l'homme et des abus sexuels).

Au-delà du roman d'aventure, très réaliste (et pour cause, Jack Küpfer a longtemps été marin lui-même, il décrit donc parfaitement la vie en mer, le sentiment de liberté mais aussi les dangers que l'on peut y rencontrer), Black Whidah est, selon moi, une histoire de révolte sous forme de confession. Celle de ce marin qui, bien qu'ambivalent, ne se laisse jamais imposer de choix, retrouve une conscience et refuse de prendre part à l'indicible; et la révolte que l'on ressent avec lui et avec les Africains niés, traités comme des bêtes aux coutumes vaudoux effrayantes que les occidentaux moquent craignent ou rejettent. 

Black Whidah est un roman d'un profond humanisme, romanesque, ayant sa part de fantastique et de romantisme. Le tout enveloppé d'une douce poésie (ce qui n'est pas étonnant non plus puisque Jack Küpfer est l'auteur de plusieurs recueils de poésie).
Un roman qui traite d'une partie sombre de l'histoire avec sérieux mais aussi avec dynamisme, cynisme et surnaturel, à la manière d'une fable. Et ça marche plutôt bien, car Jack Küpfer a un véritable talent de conteur, une plume autant visuelle, aventurière, que lyrique, et je le remercie autant pour le voyage que pour l'hommage sincère qu'il rend à un peuple pillé, sacrifié. 

"La Dignité avait la peau noire et le Dr Caldeira la sondait de la tête aux pieds, en passant par les parties intimes (...) Bien des hommes, mais aussi les rares femmes du fort, se pressaient tout autour des malheureux acteurs de cette scène macabre, se disputant les meilleures places afin de ne rien manquer de la présente mise à mort de la liberté."

L'auteur >>   Jack Küpfer, écrivain, imprimeur, ancien de la marine marchande, est né en 1966 à Moudon, en Suisse. Avec Black Whidah, premier tome d’un cycle romanesque intitulé Les vies d’azur, il s’approprie les fastes du romantisme noir et du fantastique avec un sens aigu du récit d’aventure. Il est l’auteur notamment de L’anthologie de la poésie romande d’hier à aujourd’hui (Favre, Lausanne, 2007) et Dans l’écorchure des nuits (Bruno Doucet, Pris, 2011).

Olivier Morattel Editeur : http://www.morattel.ch/

Par ici, le billet de Lionel sur L'ivre de Lire.