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Christine Eddie ne m'était pas inconnue, j'avais lu son saisissant premier roman Les Carnets de Douglas (disponible en Poche, mmm mmm, voyez ce que je veux dire, si vous ne l'avez pas lu...) il y a quelques années (2007), alors lorsque j'ai vu que sortait un nouveau roman signé de sa plume, j'avais très très très envie de le lire.
Des critiques dithyrambiques (notamment chez Les Facéties de Lucie) m'avaient définitivement motivée à ne surtout pas passer à côté.

Mais, c'est un risque, aussi, de se lancer dans une lecture avec un tel enthousiasme... on peut éventuellement se retrouver freinée dans son élan.

Suspens...

Cela n'a pas été le cas. 
Cela a même été un joli coup de coeur.

Dès les premiers mots, j'y étais, j'étais même devenue Béatrice, cette quarantenaire dont le compagnon, Matteo, disparaît, sans rien dire.
Et que faire lorsque l'on découvre une facette insoupçonnable de cet autre dont on partage la vie et en qui on avait une totale confiance...? Que dire face à cette peine, face au vide, puisqu'il n'est même pas là pour en parler...

Voilà, Parapluies, ça commence comme ça, par cette histoire si classique, et dure.

Avec aussi l'inacceptable, ailleurs en Somalie, vu à la télé, qui choque, laisse un visage qui reste, et fait relativiser ce sentiment d'effondrement, de trahison, de solitude.

Parapluies, c'est une histoire délicate, racontée avec des mots extrêmement justes, des notes d'humour, dans une narration enlevée (faisant parfois penser à Amélie Poulain) et parlant des solitudes croisés de ces 4 femmes ayant toutes un lien avec Matteo, qui vont finir par se rencontrer et s'entraider.

Et dans toutes ces femmes, une part de nous. 
L'une en surpoids subissant le rejet, le dégoût, ne parvenant pas à obtenir les sentiments qu'elle souhaite en retour, une autre abandonnée, perdue dans les sables mouvants de l'incompréhension totale, une mère déracinée se cherchant une famille, une "illégitime" obligée de faire un choix silencieux et vivant les difficultés de la mono-parentalité avec une enfant en recherche de ses racines et à l'imagination fertile et rafraichissante.....

Autre personnage féminin, et pas des moindres, cette pluie qui tombe tombe tombe. 
Une pluie qui se déverse comme des larmes de colère, pour nettoyer, rapprocher les êtres face au danger, et ensuite laisser place au beau temps...?

Et alors que Matteo, quasiment le seul personnage masculin, pourrait être stigmatisé, fustigé, il ne l'est pas, pas trop...
Son point de vue est posé, clair, coupable sans trop l'être, tristement humain.

Et l'ironie du sort, féroce...

parapluies

Mais pas de victimisation.
Juste la vie... et son horizon changeant.

Un livre qui se lit vite, mais reste longtemps.

Je tenais à souligner le joli travail de couv française, très poétique (et bien plus réussie que la couv québécoise, selon moi), ainsi que ces deux mots en bas à gauche "Coeurs Flottants".... petits mots ajoutés sur chaque titre de cette belle édition Héloïse d'Ormesson, à chaque fois je me dis combien je trouve que c'est une bien belle idée! 

Enfin, permettez moi de conclure sur une note personnelle, en remerciant, sincèrement, toutes celles et tous ceux qui déploient leurs parapluies au dessus de ma tête... 

"J’ai révisé de fond en comble ma définition du malheur. Pendant que la Somalie se qualifiait au record mondial de la barbarie, je mesurais ma chance. Contrairement à celle d’Aisha, ma vie ne s’était jamais tout à fait décousue, il y avait toujours eu un moment où le fil trouvait un nœud qui empêchait le tissu de se défaire complètement."