9782879298290Fanny Chiarello signe avec Une Faiblesse de Carlotta Delmont, un livre savoureux qui m'a estomaquée par son style tellement fin et soigné que l'on pourrait penser qu'il a été écrit dans les années 30 mêmes, époque à laquelle il se déroule.

Ce roman est avant tout une ambiance servie par une structure originale.
Lettres, articles de presse, télégrammes, pages de journal intime, extraits de pièce de théatre, se succèdent, et on les découvre un peu comme si l'on feuilletait un vieil album dans le grenier de nos grands parents.

Carlotta Delmont, après des années de travail depuis son plus jeune âge, a atteint son but et est devenue LA cantatrice que tous les opéras s'arrachent.
Elle a tout, en apparence, pour être heureuse. Le succès, le luxe, les attentions, un public conquis.
Mais pas l'essentiel, dans cet enfermement.
En elle, un mal être, un vide, et un moment d'égarement pour le combler, une instabilité que la société montrera sévèrement du doigt.
Cela doit-il la faire regretter..? Ou provoquer en elle une prise de conscience?

Comment réagir devant la dureté du jugement, l'humiliation, la chute, le rejet violent du public et de ses proches face à ce qu'ils considèrent comme un "caprice" voire comme relevant de la psychiatrie?

Carlotta Delmont est simplement humaine, et l'on peut agir sur un coup de tête, sans penser aux conséquences, en souhaitant se détacher de sa propre vie quelques temps, pour retrouv
er un feu qui anime, la liberté... sentiments sans lesquels elle deviendrait une interprête éteinte et sans âme... 
Arriver au point de bascule...
Quite à perdre toute dignité, et porter ce fardeau à vie? 

J'avais lu et beaucoup aimé l'écriture de Fanny Chiarello dans "Si encore l'amour durait, je dis pas", j'ai à nouveau été emportée par sa plume, dans une langue tellement maîtrisée et élégante à la Fitzgerald...
Je crois n'avoir pas dit la moitié de ce que j'ai ressenti en lisant ce destin de femme en quête d'elle même tellement il m'a parlé, et conquise.

Un bijou.


"Sur terre, tout éclabousse, poudroie, macule, déteint, tout se déforme, s'effrite, s'effiloche, se désagrège et se salit. Je me suis protégée des dégradations pendant trente ans, puis d'un coup - en un baiser, en une étreinte - j'ai senti mon corps et mon âme se flétrir, grimacer, se couvrir, révulsé, de croûtes purulentes. Il n'y avait plus nulle part où m'enfuir et je me cognais contre les murs comme une mouche percute plusieurs fois la même vitre, jusqu'à ce que quelqu'un entrouvre la fenêtre."