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« Tu as disparu mystérieusement il y a un mois. Mon seul point de chute, c’est le rendez-vous que tu m'as fixé hier sur ton message. Dans une quinzaine de jours devant la cathédrale de Cologne, en Allemagne. Les lettres des villes clignotent, se figent en même temps que les horaires. Il faut que je choisisse vite, que je m'arrache d’ici. C’est mon tour. Que je mange des kilomètres et des kilomètres, que je change de territoire. Dans quinze jours je veux avoir un autre regard. »
Sur les traces de son amant disparu, un homme, déguisé en gorille, se fond dans la ville en plein carnaval.
Nuit et jour, sur le tournage d’un film, dans une phéromone party, tout semble le ramener vers celui qui l'obsède, qu'il va bientôt espionner. 
Le carnaval, c’est le jour des fous, où tout est permis...

Comment trouver les réponses aux questions qui hantent, quand un amoureux indélicat a disparu, et ne répond plus aux appels?
En partant à sa rencontre.
Mais avant de Le retrouver au rendez-vous qu'il a fixé dans un bref sms, SE retrouver soi-même...
Le personnage principal va alors débarquer en plein carnaval de Cologne, et embarquer dans une remuante introspection.

Dans un style soigné et parfaitement bien cadencé, Manuel Blanc nous entraîne dans cette tempête qui sévit aux moments charnières, aux moments de mue.
Il nous immerge dans un pays étranger et dans l'état de flottement qui va souvent avec, nous errons avec son héro sous des costumes/carapaces, affrontant sa solitude, la douleur, le manque, la violence d'un silence imposé au milieu du bruit fracassant, des odeurs et de la ferveur d'un carnaval. 

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Le narrateur (hyper attachant) va alors se retrouver déguisé en gorille, puis en Batman, portant ces costumes comme des rôles le libérant d'un poids, l'éloignant de sa réalité, et comblant le fantasme de voir sans être vu.
Comédien en attente de propositions, il va par hasard se retrouver sur un tournage, puis dans une phéromones party, et devant l'objectif d'un photographe qui lui montrera un autre angle de lui-même, l'encourageant à réapprendre à être dans la vie.

Carnaval parle, dans un ton mélangeant excentricité et désenchantement, de cette mascarade que sont parfois nos vies, ces masques que l'on porte, l'errance quand le renouveau semble inaccessible, 

les peaux dont on voudrait changer, les routes que l'on cherche.
Et bien que l'on se retrouve parfois à ne faire que survivre en restant à un stade quasi-animal, on peut finir par faire tomber les masques, ne plus avoir besoin d'armure pour se tourner vers l'avenir.

Un premier roman vraiment touchant.

"L'urgence de déguerpir m’a cueilli ce matin à l’aube. Quel contraste avec la mollesse subie de ces dernières semaines, j’avais renoncé à pas mal de choses. Une femme me bouscule, puis un homme. Un autre flot de voyageurs déboule. Ils croisent ceux qui avancent à contre-sens, se dépêchent.
C’est donc à ça que je vais ressembler quand je descendrai du train, sur le quai à Berlin : un homme/automate perdu, qui veut avoir l’air crédible dans son rôle de touriste, pour oublier qu’il est parti à force de tourner en rond à t’attendre, parce qu’il n’est pas capable d’inventer grand chose tout seul?"

Manuel Blanc est acteur de longs/courts métrages, téléfilms, séries télé, pièces de théatre.
Il obtient le César du meilleur espoir masculin en 1992 pour son rôle dans J'embrasse pas, d'André Téchiné, et le prix Jean Gabin en 1994 pour son rôle dans Des feux mal éteints, de Serge Moati. 
Son site: http://manuelblanc.fr 

Lecture, avec la participation de Biño Sauitzvy/rencontre/dédicace de Carnaval, le mercredi 14 mai prochain à 19h, à la librairie les mots à la bouche, 6 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, Paris 04. Réservation auprès de: m.decreme{at}hugoetcie.fr