avant j'étais juste immortel

Raphaël, quadra bobo puceau malgré lui, vit reclus dans un vieux manoir sur la Côte d'Albâtre, et n'aime les gens que pour les vider de leur sang. Malheureusement, de plus en plus sujet aux intoxications alimentaires, il passe une nuit sur deux le bide en vrac et les certitudes branlantes. Un soir, après une de ses virées, dans un noir couloir du manoir, il tombe nez à nez avec un vieux lord anglais, Sir Roberts. Attendri par l'humour so british du vieux bonhomme, Raphaël le « transforme », sans lui demander son accord, pour s'en faire un compagnon. Tous les deux battent alors la campagne à la recherche d'humains gluten free. Des nonnes jouvencelles aux vieux paysans de l'arrière-pays, dénicher un humain qui mange bien devient une mission un brin compliquée. Et tout s'emballe encore davantage quand notre beau puceau aux crocs acérés rencontre une doctoresse à la beauté diablesse.

Non, vous n'êtes pas devant un xième roman à la Twilight, bien que le personnage principal, Raphaël, soit un vampire (portant un prénom d'archange) ultra séduisant (je préviens, je ne souffrirai aucun débat sur (le) Robert Pattinson (d'alors)...).
Mais Raphaël, lui, vide les gens de leur sang sans trop de scrupules, enfin cela lui pose un léger problème tout de même, non pas étique donc, mais plutôt de goût.
Car Raphaël est fin gourmet, et nos mauvaises habitudes alimentaires, médicales et technologiques, pèsent de plus en plus sur son estomac fragile. Alors, il cherche de l'humain bio, ou vierge, ou les deux, tout en formant son nouveau compagnon de route, Sir Roberts... 

Vous avez là le point de départ de ce roman qui m'a fait penser à un possible scénario de mini série, rythmé, aux chapitres courts et dialogues enlevés, crus et pleins d'humour... mais tenant tout de même un propos de fond qui amène à réfléchir sur notre quotidien, nos habitudes alimentaires (quoique finalement, si la malbouffe m'évite une mauvaise rencontre...), notre place dans la société, le couple/ses hauts et ses dangers, et la famille que l'on ne choisit pas mais que l'on peut (re)créer.

Après son premier roman, Le double des corps, Juliette Bouchet confirme ici la vivacité de sa plume et sa liberté de ton pour aborder des sujets sortant des sentiers battus avec fraîcheur, esprit, naturel et enthousiasme.

 "On a testé les hospices. Ce n'était pas une bonne idée, ils sont bourrés de médocs. Dumbledore et moi, on a vu des éléphants roses pendant des jours. Là on est sur un petit filon, les vieux isolés en rase campagne. Plutôt en bonne santé. Ils ont la couenne un peu dure sous la dent mais on s'y fait. Ils se nourrissent souvent de ce qu'ils produisent eux-mêmes. Potager ou élevage. Ça leur donne un arrière-goût de pot-au-feu. (...) Les humains des villes se noient dans la nuit. Ils ne dorment pas, ils cuvent leur journée en se mettant minables. Même ceux qui ne sortent pas de chez eux s'achèvent avec une pizza devant la téloche et fixent le plafond jusqu'à quatre heures du mat, à se faire du mauvais sang. On dirait des rats de laboratoire. Des rats qui choisissent leur cage et raquent un max pour y être..."

L'auteur(e) >> Comédienne, mannequin et entrepreneure, Juliette Bouchet écrit depuis toujours. Son premier roman, Le Double des corps, est sorti en 2015 chez Robert Laffont