Capitaine Frites

Pour se sortir du cauchemar d'un divorce qualifié pudiquement de « difficile », Arthur décide de s'en aller loin, très loin de Paris. Il échoue à Yabaranga, la capitale chaotique d'un pays africain imaginaire. À suivre ce héros maladroitement flamboyant, le lecteur est rapidement pris dans un tourbillon de situations poétiques, burlesques, ultra sensibles, et hilarantes.
Au fil des pages s'entremêlent un président domicilié dans une tour en chantier, une bande d'insupportables rastas blancs joueurs de djembé, des poissons géants, un Indien d'Amazonie cartésien et des miliciens durassiens... Tout cet assemblage baroque résistera-t-il à l'arrivée de Morgane, l'ex-femme d'Arthur, venue faire de la vie de ce pauvre garçon un enfer sous les tropiques? 

Y'a pas à dire, une rentrée littéraire avec un titre d'Arnaud Le Guilcher est une bonne rentrée littéraire (point). 
Je suis une inconditionnelle de cet auteur depuis quelques années, et ne saurais d'ailleurs trop vous conseiller (encore une fois) de découvrir (si ce n'est déjà fait, parce que ce n'est pas faute de le seriner) ses quatre précédents titres (dont trois sont déjà disponibles en format poche, et le quatrième (Ric-Rac, probablement un de mes préférés) le sera au mois de septembre = double bonne rentrée littéraire).
Capitaine frites est donc son cinquième roman, et en cinq romans, pas une déception, je me suis à nouveau délectée de son style juste, précis, rythmé, plein d'humour, de gravité et de sensibilité.

Dans Capitaine Frites, Arthur, le héros/anti héros, est un expatrié français vivant dans la capitale aléatoire d'un pays africain, le Konghia. Il s'y trouve car, pour sa survie, il y a fui sa femme, Morgane, propriétaire d'une animalerie spécialisée en aquariophilie, du genre perverse narcissique-hystéro-bipolaire de bonne famille-qui le lui fait bien savoir... 
Il zone plus qu'il ne travaille mais un jour, la peu scrupuleuse société Motal pour laquelle il travaille lui confie la mission d'intégrer un poisson d'Amazonie, dont l'espèce est menacée, dans le fleuve Konghia afin de maigrement compenser les dégâts environnementaux qu'ils ont causés... 
Et c'est là que son équilibre précaire vole petit à petit en éclats...

Capitaine Frites a un côté complètement barré et réjouissant, mais derrière ce côté comédie insolente et décalée j'ai ressenti comme une colère rentrée dans ce roman qui aborde de véritables sujets de société: du couple et ses tristes dérives/issues, la paternité, l'amitié, à l'environnement (notre mode de consommation/de production, notre façon de massacrer sans vergogne les terres et les espèces animales) en passant par la politique, ses magouilles, ses abus de pouvoir... et le fléau que sont les joueurs de djembé ;-)...
Arnaud Le Guilcher encourage son lectorat autant à la détente qu'à la réflexion, en l'embarquant dans son univers loufoque, tendre et nostalgique, en dénichant à chaque fois le mot qui fait mouche et en nous régalant de dialogues enlevés, de scènes ultra visuelles, de savoureux running gags et d'expressions que l'on aimerait retenir.
Et puis, visez moi ce bandeau, signé Charles Berberian (qui illustre également quelques pages du livre) un bijou!

"Dans l'expression "courir en boubou", il y a deux choses qui me perturbent:

1) Courir.
2) En boubou.

J'arrive en eau devant les marches de la Tour. A l'odeur de poisson s'ajoute désormais celle de ma sueur post-bibine. Je n'ose pas me retourner de peur qu'une colonie de rats me file le train, attirée par mon parfum de poubelle.

Si je venais à mourir, là, tout de suite, je ne serais pas vraiment surpris. Faire du sport par un petit 38°C à l'ombre, avec une condition physique aussi misérable que la mienne, c'est aussi safe que de cracher du feu dans une station-service.

Durant tout le trajet, la Tour m'a semblé éloignée comme une inatteignable banlieue de Saigon. Entre deux menaces d'infarctus, j'ai failli me rétamer un bon milliard de fois. Il s'en est vraiment fallu de peu... La cheville qui s'entortille dans le bas du bouzin et au revoir la compagnie... Pour me donner un coup de fouet sur les derniers mètres, je me suis imaginé que ma femme, Morgane, me filait le train en agitant les papiers du divorce. Ça a marché au- delà de mes espérances et j'ai fini en sprint.

Ce que c'est que les coups de flip, quand même..." 

L'auteur >> Arnaud Le Guilcher, 41 ans, travaille chez Barclay et a déjà publié En moins Bien, Pas Mieux, Pile entre deux et Ric-Rac. Il est suivi, depuis ses débuts, par une joyeuse et fidèle troupe de lecteurs et de libraires.

Les éditions Robert Laffont: http://www.laffont.fr/site/page_accueil_site_editions_robert_laffont_&1.html