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Il va m'être bien difficile de "qualifier" ce roman: polar, comédie loufoque, drame amoral... c'est tout cela mélangé, et dans un excellent cocktail!

Le pitch >> Quand deux paumés décident de jouer aux cow-boys sur des routes où les pompes à essence ont remplacé les Indiens, cela donne une course folle et déjantée entre Bordeaux et Montélimar, soient 4000 kilomètres en dents de scie à manger des sardines à l'huile et des gâteaux secs, à foutre le feu aux forêts et à vider un fusil pour secouer le décor...

A l'image de cette couv colorée, punchy, l'histoire part dans un feu d'artifices hyper cinématographique (j'ai imaginé le casting au moins dix fois pendant ma lecture :-)).
On traverse la France avec ces "adultes" "délinquants" paumés, dans une chevauchée délirante mais totalement crédible (malheureusement, pourrait-on dire...).

Le personnage principal de ce roman, Vincent, dirait sûrement que si parfois le hasard fait bien les choses, il peut aussi les compliquer un tantinet... 

1425532_10152026552859835_1848567237_nAu chômage-longue-durée et au talent gâché, il se retrouve mis à la porte par sa femme, exaspérée...
Il rencontre alors Carrel en acceptant un "job d'appoint" après être retourné vivre chez ses parents. Mauvaise période. Mauvaises décisions. Ca va souvent de paire. 
Et Sébastien Gendron en fait une excellente illustration!

Mais Road Tripes ce n'est pas qu'une succession de concours de circonstance, une course folle qui dérape, c'est aussi une cavale "initiatique", où le personnage principal découvre/se prouve qu'il en a dans le ventre...
et malgré l'humour et le second degré, beaucoup de sujets "pas drôles" de société sont abordés, dont les problèmes de couple, de dépression, de chômage, d'exploitation, de débrouille illégale... les sectes, les manipulations, et même les fans de R16, et Johnny Hallyday :-) 
A l'arrière de leur(s) voitur(e)s, on croise avec eux des flics un peu bêtes, des stations services et des banques à braquer, des hotels miteux, des fous, des morts, des cons... et un saloon rebaptisé (ça m'a fait la soirée)...

Y'a du Tarantino là dedans, mixant humour et violence, enrobés d'intelligence.

Un roman pied au plancher, sans temps morts, sur les chutes, la dérive, l'amitié, la rédemption, la conscience.
Et un final qui prend aux....... tripes.... (j'ai osé...).

rt2

"Déclencher un incendie, je n’avais jamais fait. Agresser un motard, non plus. Provoquer un accident de voiture, encore moins. La course-poursuite avec la maréchaussée, en toute logique, était elle aussi une première. Je découvrais un monde, celui de la route, où tout devenait possible. On prenait le volant et tout pouvait commencer. J’étais en train de comprendre ce grand sentiment de liberté qui suintait des road movies américains. Carell et moi, on était Peter Fonda, Dennis Hopper, James Taylor, Warren Oates, Robert Blake, Barry Newman : les aigles du bitume, les seigneurs de la ligne discontinue, les princes du pot d’échappement."


D'autres extraits ici: http://www.premierchapitre.fr/book_reader/desktop_pc/v2/index.php?tl=1&idk=255&idc=7c926992a5e0007a711acbaf870edeca&t=road_tripes

Roman présélectionné pour le Prix Landerneau Polar 2013