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Berlin, 2004. Au moment même où sa vie personnelle le plonge dans le désarroi, le jeune Edward Cohen – propriétaire d’une boutique de mode branchée – tombe sur des notes laissées par son grand-oncle Adam. Ce dernier a dix-huit ans en 1938, et lorsque sa famille s’apprête enfin à quitter l’Allemagne pour se réfugier en Angleterre, il rencontre Anna, une jeune fille qui incarne tout ce dont il a toujours rêvé. 
Quand cette dernière disparaît, il n’a alors d’autre choix que de partir à sa recherche, en Pologne… Car Adam est un rêveur, élevé par l’excentrique Edda Klingmann qui lui enseigne qu’il ne faut jamais avoir peur de rien...
Plus de soixante ans plus tard, Edward découvre non seulement le récit sidérant de la vie de ce grand-oncle à qui une ressemblance physique très forte le lie, mais aussi la force du passé.

De nombreuses histoires durant l'Holocauste ont déjà été écrites, et tous les ans sortent de nouveaux romans consacrés à la persécution des Juifs dans le régime nazi (ce dont je ne me "plains" guère, soyons clairs). 
Compte tenu de cette richesse d'histoires, il me semblait difficile de croire qu'il était possible de lire quelque chose de différent. C'est pourtant ce que m'a prouvé Astrid Rosenfeld avec le Legs d'Adam.
Ce premier roman est une histoire d'héritage génétique, familial et historique.
Il se divise en deux parties, plutôt inégales mais qui se complètent et se reflètent, nouant des fils entre générations.
Un roman sur l'horreur, qui n'empêche pas les sentiments, l'amour qui rend capable de sacrifices énormes.

En 2004, donc, Edward, à la vie en dilettante, écrit à Amy, une femme aimée, revenant sur son enfance remuante et atypique, entre drôlerie et tristesse, lui contant une partie de son passé familial qu'il vient de découvrir au travers de lettres adressées par Adam Cohen, son grand-oncle, à un certaine Anna, dont la partie cruciale et poignante se déroule dans le ghetto de Varsovie.
Mais avant cela, il raconte sa relation avec une grand-mère formidable qui faisait de la physionomie avant l'heure en étudiant les photos des dirigeants allemands avec beaucoup de clairvoyance drôle. 
 
Car voilà, il n'y a pas que de l'émotion dans cette histoire, il y a aussi de l'humour, jamais irrespectueux envers le passé et la gravité des évènements. Mais il y a cette vie qui prenait le dessus autant que possible. Le triomphe de l'espoir sur la barbarie. Et l'ironie souvent cruelle, aussi.

J'ai été entraînée dans ce roman au style fluide, touchant, parfois poétique, parfois drôle, jamais pesant, et par ces "flambeaux" qui se transmettent et s'honorent des générations plus tard, illuminant cette histoire d'éternel et primordial devoir de mémoire...


 ""Professeur, vous qui êtes un homme cultivé, dit Mme Blemmer. Que dira-t-on dans cent ans de cette époque-ci?"
Menden faisait osciller son verre dans sa main. 

"Chère madame Blemmer, sincèrement, je n'en sais rien. Mais j'espère qu'on n'oubliera pas que c'étaient des êtres humains qui nous ont chassés, que c'étaient des êtres humains qui ont créé ce ghetto, que ce sont des êtres humains qui tirent, là, dehors, que ce sont des êtres humains qui font partir ces trains.
- Que ce sont des être humains? Demanderiez-vous qu'on manifeste de la compréhension, Menden?
- Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Il existe des forces supérieures, des cyclones et des séismes. Mais ce que nous vivons là n'est pas une catastrophe naturelle, c'est l'oeuvre d'êtres humains"".


L'auteur(e) >> Astrid Rosenfeld est né à Cologne en 1977. Après avoir terminé l'école secondaire, elle est partie passer deux ans en Californie, puis est revenue à Berlin pour suivre une formation d'actrice. Depuis, elle a occupé divers postes dans l'industrie du cinéma, notamment en tant que directeur de casting. Elle vit actuellement à Berlin.