Maladroite

Inspiré par un fait divers récent, le meurtre d'une enfant de huit ans par ses parents, La maladroite recompose par la fiction les monologues des témoins impuissants de son martyre, membres de la famille, enseignants, médecins, services sociaux, gendarmes...

Entre nous, si ce premier roman n'avait pas fait partie de la liste des 68 premières fois, je suis quasi sûre que ne l'aurais pas lu. Je m'épargne d'ordinaire les livres dans lesquels les enfants sont trop impliqués/violentés/morts ou disparus...
Alors j'ai lu La maladroite en quasi apnée, en une heure, ce week-end.
Après l'avoir reposé, pleine de "pourquoi?", 
cherchant à "comprendre" l'inconcevable, j'ai passé quelques temps sur internet à faire des recherches sur "l'affaire" Marina dont Alexandre Seurat s'est inspiré. 

On ne peut passer immédiatement à autre chose après avoir tourné la dernière page. Car c'est un immense sentiment d'impuissance et de colère qui vous prend à la lecture de ce drame annoncé par ces "témoignages" alternés, et face à la violence de parents menteurs/manipulateurs/insaisissables, l'amour sans faille que leur porte malgré tout leur fille qui, parce qu'elle a été non désirée, ne connaîtra que ce cruel quotidien et le poids de la culpabilité sur ses épaules d'enfant face à sa soi-disant maladresse...
Malgré la combativité des enseignants, 
malgré les nombreux signalements, ces gens parvenaient toujours à se faufiler à travers les trop larges mailles des filets des services sociaux, dont la lourdeur/lenteur administrative/bénéfices du doute sont pointés du doigt...

Et même si l'on en connaît la conclusion, on se surprend, dans les dernières pages, à espérer qu'une prise de conscience/décision de justice va éviter que le calvaire de Diana ne connaisse la fin dramatique qu'on lui sait.

Vous l'aurez compris, La maladroite est une descente aux Enfers terrifiante, glaçante, perturbante. En quelques pages, sombres, directes, sans surenchère (au style parfois presque clinique), énonçant des faits, partageant divers points de vue (mais jamais ceux des parents ou de Diana), Alexandre Seurat semble garder volontairement une certaine distance pour dénoncer ce drame collectif de maltraitance, tristement représentatif de tant d'autres...  

"Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu."

Roman lu dans le cadre de l'opération des 68 premières fois (organisée par Charlotte L'insatiable, qui s'est lancé le défi de lire les 68 premiers romans de la rentrée littéraire. Nous sommes 40 à l'accompagner dans cette aventure: https://www.facebook.com/groups/798415006944136/).

L'auteur >> Ancien élève de l’ENS de la rue d’Ulm, agrégé de lettres modernes, Alexandre Seurat enseigne actuellement à l’Université Paris-Est Créteil.  Il a soutenu en décembre 2010 une thèse intitulée : « Le roman du délire. Hallucinations et délires dans le roman européen (années 1920-1940) » (dir. Jean-Pierre Morel, Paris III-Sorbonne nouvelle). La maladroite est son premier roman, il a reçu le prix du roman envoyé par la poste http://www.fondationlaposte.org/article.php3?id_article=1724 .

Les éditions la Brune au Rouergue sur Facebook >> https://fr-fr.facebook.com/rouergueadulte