9782709643665-G

Isabelle Monnin m'avait bouleversée avec Les Vies extraordinaires d'Eugène, qui est sorti en format poche il y a peu (mais que je ne recommanderais pas forcément aux futures ou toutes nouvelles mamans...)...
Elle a cette façon sensible de mettre des mots sur des émotions, de dessiner des moments, que l'on ne saurait décrire, ou certainement pas aussi bien qu'elle. Et lorsqu'on les lit sous sa plume, ça bourdonne dans votre tête.

L'histoire >
Daffodil Silver doit solder la succession de ses parents récemment disparus. Avant d'accepter ou de refuser l'héritage colossal qu'ils lui laissent, elle veut raconter au notaire leur singulière histoire. 
Le récit commence bien avant sa naissance, quarante ans auparavant. La mère de Daffodil s'appelle Lilas. Elle est la première des deux filles de Marguerite et Marcel, le propriétaire de l'usine des Souvenirs Faure. Trois ans après elle, est née sa moitié miraculeuse, l'autre face de sa médaille, un soleil : Rosa. 
Les sœurs sont inséparables. Elles rêvent d'ailleurs et de création, sont le noyau d'un joyeux groupe d'amis. Ensemble, ils jouent aux cartes et s'inventent des avenirs glorieux. 
Beau temps ne dure jamais. 
Alors que Lilas vient de donner naissance à sa fille, Rosa meurt brutalement. 
Passé le choc, vient le sursaut : Lilas décide, pour prolonger d'autant la vie de sa sœur et donner un sens à la sienne, d'écrire un livre qu'on mettrait autant de temps à lire que Rosa a vécu. Vingt-six ans, trois mois et six jours. La quête est vaine. Elle se heurte à l’indéfinissable de chacun, à ses mystères.

Attachante cette Daffodil... qui a un prénom que j'aurais adoré porter!!
Cette petite fille au prénom traditionnel-familial de fleur, dépassée par une fleur fanée-tante inconnue, contre laquelle elle ne peut pas lutter, obsession de sa mère-fleur séchée qui, du coup, ne la voit pas, elle, sa fille, ou peu, ou mal.

J'ai ressenti des choses très différentes au début au milieu et à la fin de ce roman. Au début, un grand coup de tonnerre dans ma tête... A la moitié, j'avais, j'avoue, un peu décroché, à cause de quelques petites longueurs qui me semblent néanmoins nécessaires pour amener à la conclusion dans une magnifique fin.

La vie, la mort, le temps qui passe, ce dur sentiment du "trop tard" ... un couple qui s'aime mais s'éloigne, des amis qui se laissent dépasser et se perdent, chacun pensant détenir la vérité. Une mère énigme, négligente, prise à son propre "piège"...
Dans ces lignes, le message solide et poignant que les morts ne doivent pas être maintenus trop vivants en nous, qu'ils doivent juste rester à leur place dans nos souvenirs, sinon ils envahissent, vampirisent, gâchent d'autres vies que la leur...
Et que parfois, on peut se dire qu'il n'y a pas de fatalité, que l'on peut faire le choix de ne pas porter les valises des autres pour pouvoir prendre son envol plus légère...

"Comme tous les enfants, j'ai longtemps adoré l'odeur de ma mère. Chaque vendredi, lorsqu'elle descendait du train et nous rejoignait au bout du quai, les joues fraîches de l'air du soir, c'est vers ces effluves que je courrais en souriant. Je me refugiais dans son coup, la reniflant tel un petit animal haletant, pour m'emparer de ce parfum, mélange d'herbe coupée et de pomme, un champ fleuri au milieu duquel irradierait un bouquet de jasmin doublé d'une gousse de vanille.
Je m'en suis enivrée jusqu'à l'écoeurement."