petite barbare

« Moi, monsieur, je suis pleine du bruit assourdissant de vivre. »
En détention on l'appelle la Petite Barbare; elle a vingt ans et a grandi dans l'abattoir bétonné de la banlieue. L'irréparable, elle l'a commis en détournant les yeux. Elle est belle, elle aime les talons aiguilles et les robes qui brillent, les shots de vodka et les livres pour échapper à l'ennui. Avant, les hommes tombaient comme des mouches et elle avait de l'argent facile.
En prison, elle écrit le parcours d'exclusion et sa rage de survivre. En jetant à la face du monde le récit d'un chaos intérieur et social, elle tente un pas de côté. Comment s'émanciper de la violence sans horizon qui a fait d'elle un monstre? Comment rêver d'autres rencontres et s'inventer un avenir?

Premier article de la rentrée littéraire 2015 avec ce premier roman qui m'a plutôt bluffée.
Roman qui fait également partie de la sélection, 
à laquelle je prends modestement part, des "68 premières fois" menée par Charlotte L'insatiable. 
Qu'est-ce donc me demanderez-vous? Et bien, c'est l'envie de lire les 68 premiers romans qui sortent en cette rentrée littéraire, pour les accompagner dans cet impressionnant grand bain...
Et puis, lire un premier roman c'est toujours une jolie expérience, voir les premiers pas hésitants, les maladresses, mais aussi être, parfois, embarquée et séduite (et avoir envie de se lancer aussi...). 

Donc, La petite barbare d'Astrid Manfredi, fait partie de ceux qui m'ont épatée.

Entre les 4 murs de sa cellule, à quelques jours de sa sortie, la petite barbare, dont on ne sait ni le nom ni le prénom, revient sur son parcours... De la cité de banlieue sans espoirs où elle a grandi entre 2 parents défaillants, le manque de repères, ses fréquentations, l'argent facile, les trafics, le sexe, la violence/cruauté banalisée, jusqu'à "l'accident de parcours" et le procès qui l'ont conduite dans cette prison...
L'isolement y est pesant, les injustices/pressions/abus présents, et seules des séances avec un psy bienveillant, l'écriture et la lecture, et les contacts avec les autres détenues, l'aident à progresser/évoluer.

C'est le témoignage d'une laissée-pour-compte qui n'attend pas qu'on la plaigne, une fille de banlieue qui n'a pas eu les mêmes chances que d'autres et sait qu'elle ne peut compter que sur elle-même, qui analyse son passé, livre ses craintes pour l'avenir, ses colères, son repentir, sa souffrance de l'enfermement, et crie sa fureur de vivre/de défendre son droit à une seconde chance.
Ce qui marque dans ce roman (un peu dans la veine de l'Appât, livre de Morgan Sportes/film de Bertrand Tavernier) c'est le style brut, dur, parfois cru, direct, percutant. Mais sans jamais se départir d'une certaine humanité, pour, au-delà du parcours sinueux et malsain de cette petite barbare, souligner la terrible brutalité de notre société. 

"Comment c'est dehors? Comment ça chante? Comment ça baise? Comment ça bouffe? Comment ça se prend les pieds dans le tapis? Comment ça grille les feux rouges? Comment poussent les feuilles sur les arbres tristes du périphérique?
Je veux un tour de moto à toute berzingue et sans casque avec mes longs cheveux qui me balancent des coups de cravache. Je veux la vitesse et la sensation du cuir sur ma peau. Ne plus jamais m'arrêter, foncer dans le mur et crever en princesse avec une dalle commémorative à faire pleurer les ménagères. Quand j'y serai, dehors, je me mettrai à genou façon François Ier pour baiser le macadam.
Oui, vous avez marché là, vos chiens ont pissé là, ici il y a tous les cadavres de votre quotidien, les Kleenex dont vous ne voulez plus, vos déchets de malbouffe et vos bouteilles à la mer. Je l'embrasserai ce pavé et je rentrerai dedans par tous les pores de sa peau grise, ramoneuse de vos souterrains, archange de vos larmes retenue. Je sais que vous souffrez, je sais que c'est dur, la ville, qu'il faut du fric et comment ça brûle les doigts. Je sais qu'on a vite fait de finir la tête à l'envers et le cul dans le ruisseau. Faut pas tomber. Faut résister, faut resquiller et prendre le train."

Lire les premières pages: 
http://fr.calameo.com/read/00424555092b94f5ea6e2

L'auteur(e) >> Astrid Manfredi a créé le blog de chroniques littéraires Laisse parler les filles.
Elle intervient ponctuellement pour le Huffington Post
, toujours autour de la littérature

Les éditions Belfond : http://belfond.fr/site/page_accueil_site_editions_belfond_&1.html

Et par ici un excellent article sur ce roman: http://la-ville-en-rose.com/?p=9649