abandonner à vivre

Devant les coups du sort il n'y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l'on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s'abandonne à vivre. C'est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit.

J'ai un jour entendu Sylvain Tesson citer Pascal: "tous les malheurs de l'homme viennent du fait qu'il ne peut pas rester sagement installé dans sa chambre...."
C'est effectivement un peu la conclusion sous entendue de quelques unes de ces 19 nouvelles...

De Sylvain Tesson, j'ai beaucoup aimé certains titres, d'autres un peu moins, mais j'ai toujours aimé son style, ses envolées et ses aphorismes
(et ai toujours plaisir à l'écouter à la radio ou dans de rares émissions télé, dernièrement Thé ou Café, à revoir en replay encore pendant quelques jours, si le coeur vous en dit: http://pluzz.francetv.fr/videos/the_ou_cafe.html).

Les nouvelles de S'abandonner à vivre sont, comme toujours, nourries en partie de son expérience, ses pérégrinations, ce sont de courtes fables nerveuses qui nous parlent d'exil, de mort, de couple, de guerre, d'aventure aux sommets... ok sans trop d'optimisme, avec une certaine cruauté réaliste, mais avec, malgré tout, un véritable amour des autres, des paysages, et un sacré don d'observation.

Sylvain Tesson nous entraîne dans des instants de vie emplis "d'électricité", alcolisés, tristes ou goguenards, nous y 
cotoyons la douleur, la folie des hommes, la brutalité de la vie, et l'humour qui sauve parfois.
Dans ce voyage chez "nos amis les humains" Sylvain Tesson parvient à nous décrire l'absurdité du sort avec esprit et fatalisme, nous offrant 
des chutes ironiques ou pleines de sagesse.

Et même si certains propos dans ces 19 nouvelles peuvent être jugés trop négatifs ou "exagérés", l'ensemble m'a parlé et plu.
Je n'ai véritablement pas boudé mon sourire parfois et ai été touchée par la sensibilité au monde jamais démentie de Sylvain Tesson.

Et j'ai, depuis, essayé d'adopter cette philosophie slave qu'est celle du pofigisme (cf citation...).



"Le pofigisme est une résignation joyeuse, désespérée face à ce qui advient. Les adeptes du pofigisme, écrasés par l'inéluctabilité des choses, ne comprennent pas qu'on s'agite dans l'existence. Pour eux, lutter à la manière des moucherons piégés dans une toile d'argiope est une erreur, pire, le signe de la vulgarité. Ils accueillent les oscillations du destin sans chercher à en entraver l'élan. Ils s'abandonnent à vivre."

Nouvelles lues dans le cadre du comité de lecture de la médiathèque de Saint Quentin en Yvelines