Aller hop, deux romans de chez 10/18, que j'avais reçus et chroniqués pour L'Ivre de Lire (http://www.livredelire.com) il y a quelques temps, et que je reprends ici afin de vous les (re)conseiller pour cet été (sur la plage à la montagne ou dans votre ville désertée!)!

Bernadette

BERNADETTE A DISPARU - Maria SEMPLE

Second roman de Maria Semple, et premier traduit en français, Bernadette a disparu est l'enquête menée par Bee, adolescente précoce qui veut comprendre ce qui est arrivé à sa mère qui a, vous l’aurez compris, disparu…

Bernadette, génie de l'architecture, se retrouve à un moment de sa vie en desperate housewife à Seattle, ayant suivi son mari dans son nouveau job de "grand gourou" de l'informatique totalement débordé (Microsoft en prend pour son grade).

Mais qu'est ce qui fait que Bernadette se renferme et se retrouve plongée dans une sale dépression et phobie sociale, qui la bloquent entre les 4 murs de leur maison (et la fait se rabattre sur internet, où des escrocs rôdent parfois)...?

D'accord elle déteste Seattle, ses habitants qui la rejettent, et même les canadiens tout proches (quand on sait que Maria Semple vit elle-même à Seattle....), mais elle tient son rôle de maman avec application et beaucoup d'amour pour Bee, cette fille qu'ils ont failli perdre à la naissance, et autour de laquelle son quotidien tourne.
Alors que s’est-il passé?

Sous couvert d'un humour énergique et acerbe (mais pas méchant), Maria Semple parle d'échec, de burn-out et de culpabilité mal gérée, ce qui rend Bernadette acariâtre en apparence mais nous la rend immédiatement sympathique et nous vaut de réjouissantes saillies.

C'est aussi l'histoire d'un couple chahuté, de jobs étouffants et de parentalité, que Bee, du haut de son adolescence et de ses questionnements, retrace en rassemblant des mails, des témoignages, des lettres, des articles, rapports de police, et en tenant son journal intime.


Malgré quelques petites longueurs sur la fin, j'ai beaucoup aimé ce portrait de femme/de mère, vue par sa fille.
Bernadette n'est pas une wonder maman ni une wonder woman, elle le sait, le vit mal, s'isole et parcourt le chemin qu'elle doit, afin d'atteindre la sérénité qu'elle mérite. 

Maria Semple aurait pu en faire un roman sombre, et là, non, ça pétille, c'est malin, c'est enlevé!
En résumé: "je l'ai dévoré!" dixit Jonathan Franzen (comme beaucoup d'autres, y compris moi qui ai beaucoup aimé!)


L'auteur(e) >> Maria Semple a passé son enfance entre l'Espagne et les États-Unis, son père était le scénariste de l'adaptation en série télévisée de Batman. Après des études qui la destinaient à devenir professeur ou écrivain, elle a reçu une proposition de Hollywood pour un scénario. Elle s'est alors consacrée à l'écriture pour la télévision à Los Angeles. Après son premier enfant, et un déménagement à Seattle, elle s'est lancée dans ce qui la taraudait depuis toujours, un roman. Bernadette a disparu est son deuxième roman, le premier publié en France.
 Son site: http://www.mariasemple.com

tel aviv

TEL AVIV SUSPECTS - Liad SHOHAM

Dans un quartier sans histoire de Tel-Aviv, le viol d'une jeune fille met la police en émoi. Pas d'indices, pas de témoins, pas de suspects. Le père de la victime décide de mener sa propre enquête, jusqu'à identifier Ziv Névo comme le coupable. L'affaire serait sur le point d'être classée, sans les doutes du vieil inspecteur Élie Nahoum. Pourquoi Névo refuse-t-il de s'exprimer ? Qui veut-il protéger par son silence ? Le père aurait-il pu forcer sa fille à accuser un innocent ? Entre le policier et le suspect commence un duel sous haute tension, qui va attirer dans son ballet de faux-semblants un jeune avocat idéaliste, le bras droit d'un boss de la mafia et un reporter prêt à tout pour décrocher le scoop de sa vie. Quand un deuxième viol est commis, la quête de la vérité devient une affaire de vie ou de mort...

Je n’avais encore pas lu de polar israélien.
Et pour une première, je dois dire que c’est une réussite !

On se retrouve immédiatement plongé dans une ambiance exotique, humaine et politique, où les thèmes se croisent dans un ballet classique mais hyper bien chorégraphié.

Des combines entre personnes au pouvoir, la justice à plusieurs vitesses, les compromis plutôt que les décisions « justes », les médias peu scrupuleux, et la mafia incontrôlable… On peut dire que cela se voit que Liad Shoham sait de quoi il parle, puisqu’il est avocat/star du barreau dans son pays (d’ailleurs je me suis demandé au cours de ma lecture s’il n’avait pas eu quelques ennuis avec sa hiérarchie après parution...).
Ce côté « vu des coulisses » m’a beaucoup plu, même si cela reste évidemment un roman/polar, je présume qu’il doit avoir injecté un peu/beaucoup de son quotidien dans ces pages…

L’histoire commençant par le viol d’une jeune femme Liad Shoham aborde aussi la psychologie, celle du traumatisme, la dépression, les difficultés d’une femme perdue qui, prise dans les rouages d’une justice en recherche de facilités, et influencée par un père obtus et sur-protecteur, se retrouve à porter des accusations dont elle n’est pas sûre mais dont on s’empare, pour enfermer un coupable tout désigné.
Finalement, la question que pose ce roman, serait un peu « est-il possible, une fois le doigt dans l’engrenage, de s’en sortir ? », une fois accusé, inquiété/bousculé, pris(e)(e) en plein dilemme, entre l’envie de dire la vérité, et la crainte de blesser, ou voir menacer sa famille/sa carrière ?

Liad Shoham assure le spectacle, fait monter la tension, pose intelligemment des pièces, même si, et ce sera mon seul mini bémol, il multiplie un peu trop les personnages, les appelant parfois par leurs noms parfois par leurs prénoms, ce qui rend la lecture un peu fastidieuse.
Des personnages qui habitent Tel Aviv autant qu’elle les habite, cette ville cosmopolite, jeune et agitée, prise entre corruption, recherche d’équilibre et de paix, dont Liad Shoham dresse un portrait sans concessions mais aussi plein d’affection.

Un polar qu’on ne lâche pas, et que l’on referme en espérant retrouver Elie Nahoum et Ziv Névo dans un nouvel opus !

L'auteur>> Membre du barreau israélien depuis 1997, Liad Shoham a étudié le droit à Jérusalem et à Londres. Tout en exerçant son métier d'avocat, il est devenu l'auteur de thrillers le plus reconnu de son pays et ses best-sellers sont en cours de traduction dans le monde entier. Liad Shoham vit actuellement à Tel-Aviv, avec sa femme et leurs deux enfants.

Site des éditions 10/18: http://www.10-18.fr/site/page_accueil_site_editions_10_18_&1.html