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Emilie, une enfant solitaire et débordante d'imagination, découvre que ses parents lui mentent sur ses origines et décide de mener l'enquête. 
A 2 660 kilomètres au nord, quelque part en Islande, un vieux médecin retiré du monde tente d'oublier son passé. Ils ne se connaissent pas. Pourtant, chaque nuit, ils sont poursuivis par le même cauchemar : celui d'un homme tombant d'un balcon. 
Et si l'improbable rencontre d'Emilie et Robert brisait le terrible secret qui les unit? 
Et si trouver la clef de ce rêve obsédant leur permettait de chasser enfin le fantôme qui les hante?

Marie Charrel nous immerge dès les premières pages dans cette intrigue.
Et par ce biais, elle interroge la question des origines, des pressentiments, de l'inconscient, du passé qui hante, le mal-être que cela provoque... des secrets de famille qui ne restent jamais bien gardés, surtout confrontés à une enfant surdouée (qui a un compagnon imaginaire que je vais sûrement adopter!). 
(Tout comme j'ai déjà adopté le mot "balagan" qui veut dire "le bazar" en hébreu).

Car voilà, Emilie est comme la jeune fille sur la couv, en équilibre sur sa balançoire, en recherche d'équilibre et d'envol, bien qu'elle craigne la chute... Une chute dont elle rêve régulièrement, et qu'elle retranscrit dans ses tableaux, utilisant la peinture comme mode d'expression.
Mais elle collectionne aussi les mots (et confie les gros mots à son ami imaginaire, Croquebal), comme pour compenser le silence qui l'entoure. 

En parallèle Robert s'est exilé pour "oublier", s'isoler dans les paysages virginaux de l'Islande, mais se retrouve rattrapé, car s'effacer physiquement n'a jamais effacé les mémoires ni ôté les fantômes...

10259931_10152384875484835_8175159279557955384_nDans ce joli livre, Marie Charrel pose les questions simplement, à hauteur d'une jeune collégienne, sur ces liens familiaux qui parfois "empoisonnent" ou emprisonnent et grondent en soi, sur les non-dits que l'on croit préserver pour le bien des autres alors que cela les blesse plus que tout... la fuite impossible, la culpabilité, les inexplicables pressentiments que l'on peut avoir parfois.

Et la nécessité d'extérioriser cela, par la peinture ou l'écriture, car ce roman est aussi une jolie déclaration de la part d'une auteur(e) à son "métier" d'écrivain.

"Il s’agit là d’une énigme déroutante, à la limite du compréhensible. Mais bel et bien explicable. Même lorsqu’on ne leur dit rien, les enfants savent. D’une façon ou d’une autre, grâce ou à cause de gestes et regards fuyants des adultes, des sujets évités à table, des oncles, ou cousins systématiquement absents des discussions, des photos manquantes aux albums, des messes basses du grand-père ou de la grand-tante, des non-dits et attitudes qui le plus souvent relèvent de l’inconscient, les enfants sentent."


L'auteur(e) >> Auteur d’Une fois ne compte pas (Plon 2010 et Pocket 2011), un premier roman remarqué, Marie Charrel est journaliste au Monde et confirme ici son talent.
Son site: http://mariecharrel.wordpress.com

Le billet de Lionel sur L'ivre de Lire: http://www.livredelire.com/l-enfant-tombee-des-reves-marie-charrel/
Le billet de Denis-mister-hibou: http://leslecturesduhibou.blogspot.fr/2014/04/lenfant-tombee-des-reves.html