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À un homme venu passer un entretien d’embauche, on demande la surface de son appartement. Car l’emploi dont il est question consiste à stocker, moyennant une forte rémunération, toutes sortes d’objets chez lui. Un contrat est signé. Peu à peu, l’appartement se retrouve envahi par un bric-à-brac de meubles qu’on y déverse jour et nuit. L’homme doit bientôt rester en permanence chez lui pour accueillir les livreurs, qui ne prononcent qu’une seule phrase : « L’argent a été viré sur votre compte ». 
À mesure que gonflent les économies de l’homme, l’atmosphère de l’appartement devient littéralement irrespirable. Pendant ce temps-là, dehors, la mère du jeune homme doit être hospitalisée, son meilleur ami peintre tente de le mettre en garde contre les termes de ce drôle de contrat, tandis que sa petite amie lui conte la situation dans la ville, où une révolte gronde...

Le titre, le résumé, et la couv de ce roman + le prix Athènes de littérature obtenu en 2010, m'avaient donné une envie folle de le découvrir (sans parler du fait que j'aime beaucoup ce que font les éditions Intervalles...!). 
Et dès les premières pages j'ai plongé dans ce roman ubuesque et kafkaïen, que j'ai dévoré en une aprem!

C'est un "conte" intemporel, qui, en s'appuyant sur une réalité crue et sur l'absurde, traite de crise, de misère, de trivialité, de besoin de gagner sa vie pour soigner une mère malade, offrir une maison à une fiancée...
Le thème, terriblement d'actualité (mais finalement il le sera sûrement toujours) de la tentation de l'argent en apparence facile, les choix faits dans l'urgence/lorsque l'on est pris à la gorge, au prix d'un sacrifice qui ira grandissant...
Le sacrifice de sa propre liberté de mouvement, chez soi, comme dehors, le renoncement à son espace vital pour combler l'emprise d'un employeur/envahisseur (ab)usant de promesses financières et de son pouvoir d'intimidation.
 
Notre personnage principal, homme sans nom, vivant dans une ville sans nom... va finir par vivre un cauchemar tragi-comique, qui va le rapprocher de sa petite amie comblée, mais aussi le mettre face à de sérieux dilemmes personnels, et le piéger...
Alors que des détenus se soulèvent et envahissent la ville, lui subit, se laissant ronger petit à petit (dans l'indifférence quasi totale...)... et finit par se rendre compte de ce qu'est le véritable luxe... 
et qu'il est sans prix.

L'argent a été viré sur votre compte est "thriller sociétal" tendu, à l'écriture simple et elliptique, sur la futilité des désirs, la cupidité à l'ère de la surconsommation, sur la définition du bonheur vu par l'homme moderne, les sacrifices faits en espérant un bien-être matériel qui ne viendra même peut être jamais... 

L'expérience d'une sorte de purgatoire sur Terre, une allégorie de la vie, courte et si précieuse qu'elle ne s'achète pas, dans une lecture qui se fait d'une traite et laisse à bout de souffle...

"- Je n'en peux plus, lui ai-je dit. Je veux recommencer ma vie, j'ai appris tout ce que je devais apprendre, je connais mes erreurs.
Il m'a regardé en souriant, il a tendu les bras vers moi - geste sans grande signification vu que dans le même temps il fouillait dans les notes qu'il avait entre les mains.
- On ne t'a pas dit? il n'y aura pas de représentation, finalement, elle a été annulée au dernier moment.
- Et la répétition? Une répétition aussi longue, ça ne compte pas? Ma vraie vie, elle va commencer quand?
- Il n'y a pas d'autre vie, il n'y avait que celle là, qu'est ce que tu t'imaginais?"


L'auteur >> Dimitris Sotakis est né à Athènes en 1973. Il a étudié la musicologie à Londres et a publié son premier livre en 1997. Son œuvre a reçu de nombreux prix et ses livres connaissent un succès croissant en Grèce et plus largement en Europe. L’argent a été viré sur votre compte a remporté le Prix Athènes de Littérature en 2010. C’est le premier roman de Dimitris Sotakis à être traduit en français.

Les éditions Intervalles >> http://www.editionsintervalles.com