oranges

Israël, Petah Tikva, une ville sans histoire. L'officier de police Anat Nachmias s'ennuie. Elle ne s'occupe que de délits mineurs, seuls crimes dans cette ville où les habitants ferment les yeux sur les pratiques frauduleuses du maire. Celui-ci, en fonction depuis vingt-cinq ans, a fait construire écoles, installations sportives, bâtiments publics et espaces verts pour transformer sa petite bourgade agricole en véritable métropole.
La monotonie du quotidien est rompue quand une femme vient signaler la disparition de son mari, un journaliste d'investigation local. Anat se lance à corps perdu à sa recherche, sous l'oeil amusé de ses supérieurs pour qui le crime n'existe pas dans leur paisible ville. Après tout, les gens ne disparaissent pas à Petah Tikva.
Lorsque Ido Dolev, jeune et beau publicitaire, cynique et plein d'esprit, spécialisé dans les campagnes électorales, commence à s'intéresser au cas du journaliste disparu, l'enquête d'Anat prend un nouveau tour. L'inspectrice et Ido n'ont pas le même but, mais comprennent rapidement qu'ils vont devoir coopérer. Ce qu'ils vont découvrir va remettre en question tout ce qu'ils avaient toujours cru savoir sur Petah Tikva...

J'avais découvert Liad Shoham avec Tel-Aviv Suspects, je n'ai pas encore lu Terminus Tel-Aviv (et compte bien le lire), mais j'avais bien envie, dès ma première lecture, de suivre cet auteur. 
C'est donc avec appétit que j'ai commencé la lecture d'Oranges Amères, un polar/roman noir qui nous entraîne dans les coulisses d'une ville, et des magouilles/mafias y sévissant.

Alors, si vous vous attendez à beaucoup d'action, vous resterez probablement sur votre faim, j'ai personnellement ressenti quelques lenteurs. Mais si les histoires de corruption/manipulations psychologiques/intimidations vous passionnent, et si vous êtes curieux de découvrir une part cachée de la société israélienne, foncez. 
Car Liad Shoham sait vous prendre dans ses filets, il aime son pays (malgré ses travers qu'il parvient à dénoncer avec cynisme mais sans accabler) et en plante parfaitement le décor pour ne pas perdre son lecteur, il décrit avec brio l'ambivalence et la noirceur des êtres, les liens familiaux, le danger que courent certains journalistes trop curieux... et offre ici un beau portrait de femme/inspectrice en plein questionnement personnel/amoureux et professionnel dans une société complexe aux fruits parfois amers... 
Un polar encore une fois sans concession, direct, et courageux.

"... à l’enterrement, il était venu; dans quelques mois en effet, les élections auraient lieu et un enterrement était toujours une excellente occasion de rencontrer les électeurs. Tsouriel avait donc déambulé entre les tombes comme un jeune marié. Il serra des mains, distribua caresses et étreintes. Même l’éloge funèbre, il l’exploita à des fins de propagande électorale, et évoqua l’action positive de la municipalité ; il parla du développement des jardins publics, de l’aménagement du paysage, autrement dit du département à la tête duquel son père, pendant plus de vingt ans, avait œuvré. Hanan avait dû se retenir pour ne pas l’interrompre brutalement et le faire taire. Après tout, c’était l’homme qui avait tué son père ; on avait en effet diagnostiqué un cancer foudroyant six mois seulement après qu’on l’eut remercié. Sa mère, consciente de ce qu’il endurait, lui offrit toute son attention. Et lui, l’enfant modèle qui n’avait jamais causé le moindre problème, s’était tu."

L'auteur >> Avocat en Israël, Liad Shoham est aussi l'auteur de thrillers le plus célèbre de son pays, reconnu sur la scène littéraire internationale. Oranges amères est son troisième roman à paraître aux Escales, après Tel-Aviv Suspects (2013) et Terminus Tel-Aviv (2014). Liad Shoham vit actuellement à Tel-Aviv, avec sa femme et leurs deux enfants.

Livre lu dans le cadre du club de lecture organisé par les éditions les Escales.