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Lorsqu'il a obtenu le Grand Prix du roman de l'Académie française, Plonger a entraîné une déferlante d'insultes qui m'avaient fortement déplues. Cela m'avait, et je l'avais fait savoir, agacée... Même si je ne l'avais pas encore lu (et entendais les arguments de tous, en comprenais, mais ne comprendrai jamais les insultes ou moqueries grossières... C'est dit.).
Alors, je l'ai enfin pris dans la seconde pile de livres près du radiateur.... Et l'ai lu. 

L'histoire >> Un homme enquête sur la femme qu'il a passionnément aimée. Elle est partie il y a plusieurs mois, pour une destination inconnue, le laissant seul avec leur petit garçon. Elle était artiste, elle s'appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe. Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour, leur rencontre, les débuts puis l'ascension de Paz dans le monde de l'art, la naissance de l'enfant, et essaie d'élucider les raisons qui ont précipité sa fin.

César était déjà le personnage principal du titre Birmane (Prix Interallié en 2007), que j'avais lu, et aimé, j'étais plutôt contente de retrouver ici le double littéraire de l'auteur, comme une vieille connaissance...

Bon, pour être tout de suite très claire, je peux comprendre que ce livre n'ait pas fait l'unanimité, Paz est assez caricaturale, sanguine, distante, et particulièrement antipathique...
Et César... César est... plutôt discutable tout en étant "attachant", mais pas que...
Je m'explique (si j'y arrive)...
Très clairement, ces personnes, leurs actions/réactions, enfantillages, m'ont "crispée"... et évidemment, à partir de ce moment là, le sort de César, de Paz, la chute de leur couple, tout me paraissait logique, classique, et j'ai pas exagérément compati (à part avec le petit Hector, victime collatérale de la bêtise humaine...).....

Voilà.

Pour autant, je me suis aussi laissé porter dans ce récit d'une histoire d'amour ratée, ce genre de fiasco que l'on peut tous vivre, ces mauvais démarrages, les décisions malsaines, la gangrène...
Et cet amour dans cette confession à un fils d'un père très seul face à un échec.
Oui, il est en partie attendrissant, il aurait pu être poignant. 

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La langue est soignée (avec même l'usage du mot "ordiphone" en lieu et place de smartphone...!...).
Les passages sur l'art, la photo, sont intéressants, et tout en étant très souvent désabusés ils donnent quand même envie d'aller à la découverte de certaines oeuvres, dont The boy with Frog de Charles Ray... (moins d'aller à des vernissages...)
J'ai eu du mal à "écouter" certains arguments un peu "isolationnistes"/"cloisonnants", même si ce sont les raisons personnelles/névroses/traumatismes de César pour ne plus quitter l'Europe...
On lit aussi entre les lignes une
critique "masquée" et peut être pas inutile mais peut être injuste (je ne maîtrise pas le milieu) du journalisme qui "brasse de l'air"...
Et enfin... même si j'ai bien vu le rapport requins/"ouh baby it's a wild world", j'avoue que l'amour inconsidéré de Paz pour les requins, m'a paru tiré par les cheveux et pour le moins excessif...

Mais... 
Bien que n'ayant pas été emportée, j'ai lu cette histoire comme lorsque l'on écoute le récit du naufrage d'un ami, autour d'un thé ou lors d'un déjeuner, faisant la moue, soupirant, levant les yeux au ciel, le regard troublé et désolé devant l'égoïsme, l'incompréhension qui éloigne, les obsessions, les bassesses dont on est capable pour garder quelqu'un... le rejet, le manque de communication, la désillusion, le gâchis...

Un voyage de l'autre côté du miroir d'un couple en apparence beau, glamour, sensuel, heureux en apparence, mais qui se laisse aller, perd l'essentiel... et plonge sur fond de requiem...
L'autopsie d'un échec annoncé, agrémenté d'une graine de résurrection.

"On vit tellement sans amour, aujourd'hui."
C'était terrible à entendre.
Parce que je le pensais aussi. Il me semblait que, de plus en plus, le filon de l'amour s'épuisait. En ces temps de crise, il aurait pourtant dû être considéré comme valeur refuge. Mais on lui tournait le dos. 
Parce que cela prenait du temps et ne rapportait rien?"