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«Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré? Ils viennent pour toi.» 

Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

Je me demandais si j’allais croiser un titre qui allait me retourner au point d’avoir envie de lui donner la note maximale, et de souhaiter le voir remporter le grand prix des lectrices ELLE pour lequel je l'ai lu (verdict en juin).
Car, entre nous, jusque là, malgré les très belles sélections de tous les jurys, je n'avais pas encore eu le sentiment d'avoir lu LE titre...


Et puis j’ai reçu Tropique de la Violence… véritable descente en enfer dans la vie d’enfants/ados de la rue sur l’île de Mayotte. Des enfants/ados confrontés à leur propre violence, leurs règles sans merci, entourés de mort, de manque, de violence et de pauvreté, abandonnés à eux-mêmes, sans la lueur du moindre espoir.
Ils évoluent dans un univers quasiment dépourvu d’adultes, et le peu venant à croiser le chemin de ces enfants perdus apparaissent comme dépassés et démunis.

Dans ce roman, comme sur cette île telle une poussière sur une carte, c’est l’isolement qui frappe, la misère des sentiments, la disparition de la bienveillance à la faveur de la sauvagerie. Et ceci dans un département français d’outre mer, loin de l’image paradisiaque que l’on nous vend de cette île de l’Océan Indien… 

L’écriture est belle, simple, noire, sèche, tranchée (nb : ceci étant il y a des coquilles qui crispent un peu, mais ne gâchent pas le plaisir de lecture…), dans ce roman court, comme écrit d'une traite, redonnant l’existence/la légitimité qu’ils méritent à ces êtres délaissés que Nathacha Appanah est allée rencontrer.
Elle en a ramené ces images retranscrites à vif, qui prennent aux tripes et marquent. On referme ce livre sous le choc (et révolté(e)), en se disant: 1 - qu'il aurait mérité une plus grande médiatisation, et 2 - qu'il devrait être lu en haut lieu...

"Pourtant, il n’y a jamais rien qui change et j’ai parfois l’impression de vivre dans une dimension parallèle où ce qui se passe ici ne traverse jamais l’océan et n’atteint jamais personne. Nous sommes seuls. D’en haut et de loin, c’est vrai que ce n’est qu’une poussière ici mais cette poussière existe, elle est quelque chose. Quelque chose avec son envers et son endroit, son soleil et son ombre, sa vérité et son mensonge. Les vies sur cette terre valent autant que les vies sur les autres terres, n’est-ce pas?"

L'auteur(e) >> Nathacha Appanah est née le 24 mai 1973 à Mahébourg; elle passe les cinq premières années de son enfance dans le Nord de l'île Maurice, à Piton. Elle descend d'une famille d'engagés indiens de la fin du XIXe siècle, les Pathareddy-Appanah. 
Après de premiers essais littéraires à l'île Maurice, elle vient s'installer en France fin 1998, à Grenoble, puis à Lyon, où elle termine sa formation dans le domaine du journalisme et de l'édition. C'est alors qu'elle écrit son premier roman, "Les Rochers de Poudre d'Or", précisément sur l'histoire des engagés indiens, qui lui vaut le prix RFO du Livre 2003. 
Son second roman, "Blue Bay Palace", est contemporain: elle y décrit l'histoire d'une passion amoureuse et tragique d'une jeune indienne à l'égard d'un homme qui n'est pas de sa caste.
" Le Dernier Frère" (2007) a reçu plusieurs prix littéraires dont le prix du roman Fnac 2007, le prix des lecteurs de L'Express 2008, le prix de la Fondation France-Israël. Il a été traduit dans plus de quinze langues.
En 2013, les éditions Payot ont publié "Indigne" d'Alexander Maksik, le roman qu'elle a traduit de l'américain.
Paru en 2016, son roman "Tropique de la violence" est issu de l'expérience de son séjour à Mayotte où elle découvre une jeunesse à la dérive.
Source : Norbert Dodille via Babelio