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Alizé Meurisse a 27 ans, elle est artiste dessinatrice et peintre, et signe ici un troisième roman qui promet de bien belles choses à venir et donne envie de découvrir ses oeuvres, et de lire ses romans précédents: Roman à clefs (coup de coeur du jury du prix des Lilas) et Pâle sang bleu. 

L'histoire >> Acteur au sommet de sa gloire, le narrateur jouit d'un grand pouvoir de séduction. Pourtant, lorsqu'il découvre une clinique proposant à des clients fortunés de changer d'apparence pendant 48 heures grâce à une injection d'ADN, il se laisse tenter, manière pour lui de réapprendre les joies de l'anonymat. C'est alors que, sous les traits de cet alter ego "sans qualités", il tombe amoureux et décide d'incarner véritablement cet autre, malgré les dangers que cela peut entraîner. Inévitablement, son état phy­sique et mental se dégrade. Le désir effréné d’être cet homme ordinaire le fait basculer "de l'autre côté du miroir". L'acteur finit par s'identifier totalement à ce rôle que lui a dévolu le hasard.

Neverdays, est une sorte de portrait de Dorian Gray moderne mélangé à la Métamorphose de Kafka (d'où la couv un peu "impressionnante"). 
Et au-delà de l'histoire un peu fantastique (mais réaliste, et hyper cinématographique), c'est aussi un tableau acerbe de la société, dans le genre Easton Ellis et/ou McInerney. 

Le paraître, la trop grande importance du physique, les artifices, la vieillesse, les excès, l'infidélité, la vulgaire consommation des corps, le rapport homme/femme... la lassitude malgré la vie "facile" d'un bel acteur connu.
Se pose alors la question de la sincérité des sentiments, de l'intérêt qu'il suscite
. Surgit alors la possibilité de l'anonymat facile, changer de vie, et même d'apparence.
Le narrateur pourrait être totalement antipathique, car égocentrique et misogyne.
Mais Alizé Meurisse parvient à nous donner envie de suivre son parcours, par curiosité, et partage de ce fantasme (ici inversé du fantasme de la plupart d'entre nous, puisqu'il se choisit un personnage au physique plutôt ingrat).
Mais finalement, ces changements ne sont-ils pas qu'une manière de se voiler la face un court instant...? Il passe d'une dépendance à une autre, s'autorise d'autres excès/dérapages. Et réalise que ce changement temporaire d'identité ne l'exempt pas d'ennuis, surtout lorsqu'il tombe amoureux...

C'est percutant, rythmé, acide, rapide, provoquant, cru, drôle aussi, intelligent et plein de métaphores et de références.
Alizé Meurisse est capable d'alterner les citations de David Hasselhoff, Aragon, Victoria Beckham, Hitchcock, Jack White, Jean Louis Aubert, Marx, Oprah Winfrey et les règles du jeu de l'oie... nous raconter des anecdotes, nous apprendre ce qu'est une lunule, tout en ne perdant jamais le fil de son histoire. Et en réussissant à nous surprendre jusqu'à la toute-toute fin.

Léger "bémol" les passages en anglais qui peuvent déranger les personnes qui ne le parlent pas, pourtant ils accentuent la dualité dans laquelle on baigne, et leur sonorité/efficacité me paraît importante.


"Je pratique l'injection et m'allonge sur le lit, solennel et au-dessus des couvertures. Les mains croisées comme un mort que l'on veille. 
Pour un peu, je me passerais Needle And The Damage Is Done de Neil Young pour bien me mettre dans l’ambiance. Je ne sais pas exactement pourquoi j’ai fait ça. Pour essayer, tout simplement. Pour ne pas mourir idiot ? Évidemment, ça doit être pratique pour échapper à l’attention publique... Et prendre des vacances de soi-même. Finalement, pour un acteur, c’est un peu pousser le processus jusqu’au bout. C’est pour ça que c’est irrésistible. On passe notre temps à essayer de “se mettre dans la peau du personnage” et là, on nous la tend comme une panoplie prête à être enfilée, la peau de Marsyas écorché, avec une fermeture éclair. L’injection ADN, c’est un peu le paroxysme de l’Actors Studio. Le système Stanislavski en seringue hypodermique. La Méthode 2.0."

En lice pour le prix de Flore 2013, qui doit être remis aujourd'hui.

Pour découvrir quelques unes de ses oeuvres: http://www.alizemeurisse.com/#c72/blogger