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Promis, je ne vais pas prendre l'habitude de raconter ma vie. Non... mais je vous le dis rapidement, sans trop en dire (et sans chercher à me faire plaindre), il y a de cela quelques "petites" années, j'ai été harcelée moralement par un chef...
Ce fut une immense souffrance, un choc, confrontée à l'incompréhension de ce revirement soudain, la haine/la moquerie/le rejet que vous lisez dans le regard de certains collègues qui tournent en fonction du vent, ne se fient qu'aux on-dits/au travail de sappe accompli, ou bien gardent "juste" le silence... 
Evidemment, un trop plein émotionnel, et un découragement/surmenage/burn-out ont fatalement suivi.
(A l'époque d'ailleurs, le livre Les heures souterraines de Delphine de Vigan m'avait beaucoup parlé et aidée).

Heureusement, j'avais pour moi ma force de caractère, ma famille, un fidèle entourage (y compris des collègues au travail, hein!), et... j'attendais un bébé.
Alors, un médecin d'un grand 
hôpital parisien, m'a mise à l'abri, et en partie sauvée.

Voilà, maintenant, c'est derrière, de l'eau et de la vie ont coulé sous les ponts (et le chef en question a été poursuivi par un autre collègue... et n'est - enfin!! - plus dans l'entreprise, d'ailleurs, s'il nous lit, saluons le :-)...), il me reste à écrire ma propre suite, mais désormais, je sais... je sais les méthodes employées, je sais les signes d'alerte, et je maîtrise les pervers narcissiques. 

Mais revenons donc à ce livre qui m'a interpellée avec son titre coup de poing et cette allumette qui se consume.

En voyant ce témoignage, je me suis dit que j'étais "heureuse" que le sujet du burn-out soit moins tabou (même si je serais bien plus heureuse que ce sujet n'ait pas à être traité...)... que l'on ne peut pas demander à l'homme d'être un surhomme, et que ce serait bien que les entreprises reconnaissent ce mal-être au travail plutôt que d'immédiatement stigmatiser/montrer du doigt/nier les personnes qui "tombent". Et, enfin, qu'elles reconnaissent leurs responsabilités dans ces chutes.

Aude Selly, marquée à vie, et à vif, raconte sa propre descente aux Enfers. 
Les a-priori sur une self-made RH, sa motivation étouffée dans l'oeuf, les évolutions de carrière bouchées, la pression qu'elle s'est mise au détriment de sa santé, les répercussions physiques de ce rythme effrené (prise de poids, perte de sommeil...) puis l'engrenage, la demande de plus en plus importante, son sentiment d'incompréhension et d'humiliation. Et alors... Culpabiliser. Vouloir disparaître. Craquer. 

On lit ce témoignage les mains moites, de souvenirs pour ma part, ou de hantise pour d'autres, en tout cas en se disant que oui, bien sûr que ça existe, on ressent encore sa souffrance au fil des pages, d'ailleurs Aude Selly déclare à plusieurs reprises être en train de pleurer en écrivant. Parce que sa déception est à la hauteur de son implication et de cette injustice ressentie. Ce sentiment d'avoir été pressée, essorée, et rejetée.

Alors, ce livre est peut être un petit peu inégal, mais c'est un vrai exhutoire, qui délivre enfin une parole trop muselée dans un silence parfois trop négocié. Aude Selly encourage à ne pas atteindre le point de non retour, à consulter, à dire. Son témoignage a le mérite d'enfin pousser un cri qui devrait monter le plus haut possible dans les organigrammes... (à bon entendeur...)

 

"Je suis épuisée, je me sens mal, j'ai mal au ventre, je suis angoissée. Je n'ai pas envie de me lever, j'aimerais dormir sereinement. Je ne prends pas de petit déjeuner, comme d'habitude, et je pars. Tôt. J'aurais du temps pour lire les mails et être tranquille. Je pense à tout ce qu'il y a à faire, je pense au fait que je n'ai plus de stagiaire. Je suis seule. Les larmes me montent aux yeux."


Quand le travail vous tue, est en lice pour deux prix importants, remis début 2014 : "Meilleur ouvrage sur le monde du travail", remis par l'association des élus de Comités d'entreprise Le Toit Citoyen, et le "Prix du roman d'entreprise" qui couronne une oeuvre de fiction ou un témoignage sur le monde de l'entreprise (prix qui a récompensé notamment Delphine de Vigan).

Et Aude Selly a du faire sien cet adage "tomber sept fois, se relever huit" et s'est dirigée vers une suite assez logique de son métier en accompagnement de la souffrance au travail (Page facebook: https://www.facebook.com/pages/Souffrance-au-travailGestion-du-Stress/118298328360965?directed_target_id=0)