PLAGE POLE NORD

Un beau matin, par le plus pur hasard - un objet perdu puis retrouvé - deux êtres isolés sur la banquise de la vie ordinaire découvrent les bienfaits du réchauffement. Françoise, veuve septuagénaire, est à la peine depuis la disparition de son mari, charmant intranquille à la retraite. Jean-Claude, jeune père divorcé, cache pas mal de bosses sous sa lisse bonhomie. Aimantés par l’improbable rencontre, le duo s’improvise, se rôde et trouve la note juste. Un délicieux cocktail, presque au hasard: porto, musique, ordinateur et fierté de soi.
Autour de la pas si vieille dame et du doux paumé gravitent, en un ballet d’insolites trajectoires, quelques personnages fantasques : juriste qui se rêve dessinateur de BD, couple de magiciens has been, blonde aussi piquante qu’un cactus, malfrats sur le retour…. Les uns sont intrépides, genre même pas peur. Les autres faussement frileux.

Arnaud Dudek est un auteur que j'aime vraiment beaucoup. 
Parce qu'il a ce regard sensible, cette tendresse, cet amour des autres, de ses personnages, cette envie de conter une histoire à partir d'une anecdote, de partager avec ses lecteurs/lectrices des questionnements, des craintes qui font écho en chacun de nous. 
Il ne déroge pas à cette "règle"/cette envie dans Une Plage au Pôle Nord, que j'ai lu d'une traite (oui, bon, il fait 164 pages aussi ;-)), en oscillant à chaque ligne entre rire et émotion.
Parce qu'ils sont sacrément attachants ses multiples personnages qui se croisent/se percutent/s'aiment/se comprennent/se retrouvent enfin... Ils sont tous un peu paumés, hésitants, nostalgiques, fragiles, vivants sous une plume enjouée, malicieuse, douce, et visuelle. 
Arnaud Dudek a toujours cette plume poétique, dotée d'un très joli sens de la formule, qui rend possible l'improblable rencontre d'une plage de sable avec le pôle Nord... soit entre une veuve un peu trop seule (et (encore) dotée de sentiments (malgré les "croyances")) et un quarantenaire désabusé, tous deux entourés de personnages hauts en couleur. 

Avec une légèreté sérieuse, beaucoup de finesse et son fidèle sens du détail, Arnaud Dudek soigne ses mots pour aborder des sujets graves comme la solitude, le chômage, les séparations, la maladie, le poids du vieillissement, de la décrépitude...  les rapports humains bancaux, les préjugés, et l'amitié sur un fil, mais finalement sans bornes... Tout cela sans pathos, avec élégance, et une infinie douceur.
C'est donc ainsi qu'Arnaud Dudek signe encore un bien joli roman (dont j'aurais bien lu le double de pages), touchant, parlant, et débordant d'humanité, d'amour, de complicité et de délicatesse. Comme s'il voulait mettre un peu de baume sur certaines de nos peines/angoisses... et il y parvient, incontestablement.

"Au début de l’histoire, Pierre Lacaze reçoit une lettre. Écriture arrondie penchant légèrement à gauche, des a, des o bien formés, signature encerclée de boucles complexes. Il est question d’un appareil photo de marque Panasonic que l’expéditeur, une certaine Françoise Vitelli, probablement la soixantaine car ce prénom ne figure plus dans le hit-parade des maternités depuis les années cinquante, bref, que cette femme trouvé dans la rue, et qui pourrait appartenir à Lacaze. Mme Vitelli propose de lui restituer l’objet. Salutations distinguées.
Lacaze n’a jamais reçu de courrier personnel au bureau, ce n’est pas, disons, dans ses habitudes postales. Doit-il pour autant réduire la lettre en une boule compacte, viser la corbeille qui se trouve à deux mètres cinquante de sa chaise à roulettes, puis retourner à la lecture d’un projet de décret sur l’organisation de l’inspection du travail ? L’idée mérite considération. Effectivement, on aurait à première vue peu de raisons de s’attarder sur ce genre de lettre quand on a beaucoup de choses à faire. En outre, Lacaze ne possède pas d’appareil photo. 
Mais les piles de dossiers « à traiter » et « urgent » posés sur sa petite table de réunion sont assez décourageantes. Et puis il est d’un tempérament joueur, Lacaze. L’expéditeur a donné son numéro de téléphone dans l’avant-dernier paragraphe : il va donc le composer afin de savoir pourquoi cette Françoise Vitelli s’est adressée à lui.
Voilà, ça a commencé de cette manière. On a parfois de regrettables accès de curiosité."

L'auteur >> Arnaud Dudek déménage souvent (en ce moment, il vit à Paris). Selon des sources concordantes, il serait né à Nancy, en 1979. Il a fait ses classes dans des revues littéraires, notamment Les Refusés et Décapage.
Son premier roman, Rester Sage (janvier 2012, Alma éditeur) a fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman et du prix Méditerranée des lycéens. Le second, Les fuyants (août 2013, Alma éditeur), a été sélectionné pour le prix des lycéens et apprentis de Bourgogne, et figurait dans la sélection des trente romans de la rentrée littéraire FNAC. 
Arnaud Dudek est également co-directeur des rencontres littéraires AlternaLivres (Cuisery, Bourgogne), qui devraient renaître de leurs cendres fin 2015.

Alma Editeur : http://www.alma-editeur.fr