les disparus de mapleton

Que feriez-vous si certains de vos proches, de vos amis, de vos voisins, disparaissaient soudain en même temps, en une fraction de seconde? Sans aucune explication? Pourriez-vous continuer à vivre comme si de rien n'était? C'est la question que se posent les habitants de Mapleton.
Même s'ils n'ont pas été touchés directement, Kevin, le nouveau maire, sa femme Laurie et leurs deux enfants, Tom et Jill, se débattent pour retrouver un sens à leur vie. 
Laurie part rejoindre une secte de " pénitents ", Tom un groupe d'illuminés hippies, et Jill, autrefois lycéenne modèle, se livre à tous les excès. Peut-on faire son deuil quand l'autre disparaît sans raison? 

J'ai lu le roman, après avoir vu quelques épisodes de la première saison de la série qui en a été (fidèlement) adaptée pour HBO aux USA, diffusée en France sur OCS (en coffret DVD le 1er août).
Et, dans le roman (déjà très feuilletonné) comme dans la série, le sentiment qui domine est celui de chaos, de vide (cf. la couv), de perte de repères, de page lourde à tourner.

Car comment survivre à l'incompréhensible?
Au manque suite à la disparition soudaine d'un ou plusieurs proches/enfants/people (2% de la population, du Pape à Jennifer Lopez...), durant un évènement inexplicable, appelé le Ravissement (évènement annoncé dans la Bible - mais la religion est plutôt chahutée...)?
Différentes réactions surviennent face à un tel chamboulement: rester et continuer de vivre (y compris dans l'excès), ou se cloîtrer dans le souvenir (quitte à sacrifier son couple/sa famille), faire le choix de chérir/perpétuer le souvenir, ne plus parler (et fumer cigarette sur cigarette...)...?
Evidemment, certains en profitent, les esprits malsains/sectes puisant matière dans la douleur et la culpabilités des "rescapés", les manipulant, abusant de leur faiblesse.
Car les scientifiques n'apportent pas de réponse, les médias parlent dans le vide... et les habitants doivent vivre un deuil sans avoir vu de corps/pu offrir de sépulture à leurs disparus.
Comment surmonter ce genre de perte, affronter le regard des autres, la compassion, les jugements, la vérité qui éclate parfois, la solitude, le rejet? Peut-on se relever d'un tel traumatisme, gérer la souffrance, la colère, la peur, l'espoir et la folie qui guette?

Les disparus de Mapleton nous immerge immédiatement dans une ambiance prenante et angoissante (car très réelle), entre questionnements, tension, recherche de sens et attente.
N'attendez pas d'action, le livre se base essentiellement sur la psychologie et le lent quotidien des personnages (attachants), ados comme adultes, qui se relèvent différemment après avoir été violemment assommés,
 un jour comme un autre, comme ça, sans prévenir, sans explication... 
On les observe, on s'interroge, car au-delà du côté "science-fiction" (qui n'est pas central), c'est à une anaylse fine et actuelle de la société, et de l'éphémère/la fragilité des choses, que se livre Tom Perrotta.
Cela donne un roman plutôt noir mais pas sombre, et humainement profond.

 "Je les aimais tous, tu comprends. (...) Mais je n'aimais pas ma vie, pas ce soir-là. J'avais travaillé vraiment dur pour préparer le repas - une recette de poulet à la marocaine que j'avais trouvée dans un magazine - et tout le monde s'en fichait. Doug trouvait les blancs un peu secs, Jeremy n'avait pas faim, bla bla bla. C'était juste une soirée pourrie, c'est tout. 
Et puis, Erin a renversé son jus de pomme. Rien de bien grave, sauf qu'elle avait fait toute une histoire pour boire dans un verre sans couvercle, même si je lui avais dit que ce n'était pas une bonne idée. Et alors, hein? Ca arrive. Je n'étais pas ce genre de mère qui s'énerve à propos d'une chose pareille. Mais ce soir-là, si. "C'est pas vrai, Erin, qu'est-ce que je t'avais dit!". Et puis elle s'est mise à pleurer. 
J'ai regardé Doug, m'attendant à ce qu'il se lève pour aller chercher du Sopalin, mais il n'a pas bougé. (...) Alors, bien sûr, j'ai dû m'en occuper. Je me suis levée et je suis allée à la cuisine. 
Combien de temps j'y ai passé? Trente secondes peut-être? J'ai attrapé une poignée de serviettes, les déroulant en me demandant si j'en avais pris assez, ou peut-être trop, parce que je ne voulais pas avoir à retourner en chercher, mais je ne voulais pas gâcher non plus. Je me rappelle avoir été consciente du chaos que j'avais laissé derrière et de me sentir soulagée d'en être partie, mais aussi aigrie, accablée et sous-estimée. Je crois que j'ai peut-être fermé les yeux, laissé mon esprit se vider pendant une seconde ou deux. C'est à ce moment-là que ça a dû arriver.
Je me souviens d'avoir remarqué que les pleurs avaient cessé, que la maison paraissait soudain paisible.
Alors qu'est-ce que tu penses que j'ai fait quand je suis retournée dans la salle à manger et que je ne les ai pas vus? Tu crois que j'ai crié, pleuré ou que je me suis évanouie? (...) J'ai essuyé le putain de jus de pomme et puis je suis retournée à la cuisine, j'ai jeté les serviettes trempées à la pubelle et je me suis rincé les mains sous l'eau. Après les avoir séchées, je suis retournée à la salle à manger et j'ai regardé les assiettes, les verres et le repas qui n'avait pas été mangé. Les chaises vides. Je ne sais vraiment pas ce qui s'est passé après. C'est comme si ma mémoire s'arrêtait là et reprenait quelques semaines plus tard."  

L'auteur >> Tom Perrotta est né en 1961 dans le New Jersey. Diplômé de Yale et de Syracuse, il a, entre autres activités, enseigné à Harvard. Romancier et scénariste, il est l'auteur de six romans dont Election et Les Enfants de chœur, tous deux adaptés au cinéma. Les Enfants de chœur, dont l'héroïne au cinéma est Kate Winslet, a été nominé aux Academy Awards pour le meilleur scénario (co-écrit par l'auteur). Tom Perrotta a participé à l'écriture de la série TV adaptée desDisparus de Mapleton sous le titre The Leftovers, diffusée par la chaîne HBO. Tom Perrotta vit à Boston avec sa femme et ses enfants.

Les éditions 1018 : http://www.10-18.fr/livres-poche/

Trailer de la Saison 1 (au super casting): 

The Leftovers S01 Promo VOSTFR (HD)