sans télé

Comment survivre à une rupture amoureuse? Comment s’insérer dans une société qui, clairement, n’attend pas les bras ouverts un bac+5 de sémiologie? En adoptant une technique de survie simple : la débrouille.

Vous avez besoin de dérision, de rire et quand même d'une réflexion derrière?
Vous voici devant le bon titre!!!

Titiou Lecoq tient un blog dans lequel elle écrit des chroniques de vie, faites de considérations "techniques"/"personnelles"/sexuelles, et ce livre en rassemble une partie, en respectant chronologie et évolution du personnage...
Je veux dire par là que vous ne lirez pas des chroniques comme ça sans lien les unes avec les autres/juste un "blog imprimé".
Et j'ai l'impression que Titiou Lecoq et son éditrice ont vraiment veillé à cela, à créer une trame, à faire un vrai travail de sélection et de réécriture.

Bref, donc, je suivais le blog de Titiou, je lui dois de bonnes tranches de rire, et à la lecture de ce livre je me suis immédiatement remise à ricanner...

Le livres commence quand elle se retrouve seule suite à une rupture amoureuse, elle se retrouve confrontée à des soucis bassement matériels, tels que résilier son bail, déménager, s'auto satisfaire sexuellement (= se masturber mais ma mère me lit ;-)...), supporter un job pas franchement satisfaisant en rêvant d'écriture, de journalisme free-lance, et de ne pas avoir à se lever tôt le matin
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Ce qui m'a fait aimer le blog de Titiou Lecoq et cette lecture, c'est qu'à presque chaque coup je me suis sentie proche d'elle, de ses galères, de son tempérament un peu excessif...
(Et puis, je ne peux que me sentir proche d'une fille qui déteste les chaussettes au lit, adorait Jocelyn Quivrin, a des névroses/doutes/peurs/obsessions qui me parlent (fait des listes pour tout, est accro à sa télé, a la souplesse d'un phasme, s'imagine vivre sous les ponts...) et sa version de l'accouchement, du séjour à l'hôpital, du choc de la maternité (et tout ce qu'on nous cache) se rapprochent beaucoup de ma vision personnelle...).
De considérations politiques, elle peut passer à ce qu'elle pense des affiches accrochées dans les WC, de ses coiffeurs qui la terrorisent, du sport, de ses voisins, ses anciens camarades de classe, ou du tourisme en Grèce...
Et le truc c'est qu'elle parle de tout cela sur un ton enlevé qui ne s'essoufle pas. Un humour décapant, mais pas lourdingue. Dans l'auto analys dérision et la "taquinerie" permanente.

Donc voilà, Titiou Lecoq c'est un cas d'école pour les psys, et c'est un peu moi, et c'est un peu vous aussi je suis sûre (me laissez pas seule :-)).
C'est comme une cop qui se pose là sur votre canapé et, avec des stocks de boissons et de trucs gras à grignoter, vous vous faites une soirée papotage/exutoire/poilade avec le vocabulaire qui va avec (donc, amis de l'Académie française, passez votre chemin).
Une sorte de Bridget Jones mais "franco-parisienne-citadine", qui râle, se plaint, et trouve ça totalement normal.
Et j'adore cette mauvaise foi assumée, j'adore parce que c'est rassurant, déculpabilisant, et réjouissant!

Une chose est sûre, bien qu'elle déteste le sport (encore une aversion partagée), J'ai imaginé ces textes adaptés sur scène, et bien, ça ferait sacrément bosser les abdos!
  

"Sinon, si on résume, en Grèce, y’a rien à foutre, à part aller à la plage. Dommage qu'elle soit jonchée d'aérosols.
Je sais pas pourquoi, ça a complètement déprimé mon Partenaire. Il a commencé à angoisser, à transpirer, à secouer la tête. "Non mais là ça va pas, c’est pas du tout paradisiaque…"
Evidemment, au lieu de le rassurer, je me suis dit que c’était le bon moment pour l’enfoncer un peu.
- Oui, c’est la Grèce quoi. C’est toi qui as choisi cette destination."
Pour lui remonter le moral, on est allés manger. (J’ai une vision assez simple de la psychologie masculine.) Sauf que, dès qu’on entrait dans un restau et qu’il entendait parler français à toutes les tables, il devenait tout pâle et il recommençait à transpirer. (En même temps, j’avais acheté le Guide du routard pour choisir les restaus…)
Au bout de deux jours d’apathie, Partenaire est tombé dans une sorte de délirium tremens. Il s’est levé un matin d’excellente humeur : il avait décidé qu’on serait seuls en Grèce. (Me posez pas de question, je sais pas, peut-être que c’est l’effet du poulpe grillé.)
A compter de ce jour, il a mis un soin particulier à éviter tout endroit touristique, ce qui, en Crête, est une gageure à peu près équivalente à celle de trouver un dauphin dans la Seine. D’abord, il a fallu se déplacer uniquement en taxi. Parce qu’il supportait pas que dans les bus y’ait plus d’Allemands que de Grecs. Moi, je m’en foutais, j’aime ni les uns ni les autres. On restait de longues heures terrés dans la chambre, les sacs à portée de main, le blouson sur le dos. Partenaire était tapi derrière la fenêtre à observer la rue. Brusquement, il levait la tête et hurlait: "ON Y VA. GO GO GO!"  Il fallait alors se précipiter dehors en courant, comme si on allait sauter en parachute. Sauf que c’était pour "aller se balader" parce que c’était le créneau horaire où les autres touristes étaient rentrés dans leur hôtel.

Du coup, on s’est levés tous les matins à 8h pour faire semblant d'être seuls sur l’île."

L'auteur(e) >> Née en 1980, titulaire d’un DEA de sémiotique, Titiou Lecoq est journaliste et tient un blog http://www.girlsandgeeks.com, qui croise les thèmes de l’Internet, du sexe et des chatons.
Elle est l’auteur d’un premier roman remarqué, Les Morues (Au Diable Vauvert, 2011, et désormais dispo au Livre de Poche).

Les éditions Fayard: http://www.fayard.fr