servante

Ma fille était belle, ma fille était intelligente, ma fille était drôle…
Mais elle a rencontré Monseigneur. Il a des bottines qui brillent et des oreilles pointues comme Belzébuth. Il lui a fait rencontrer Jésus. Depuis, ma fille n’est plus la même.
Elle veut être sainte.
Rose comme un bonbon, bleue comme le ciel.

Jean-Louis Fournier a pour habitude de parler de son expérience de la vie, d'aborder sa détresse, les drames, l'intime, avec une dignité émouvante, sans jérémiades, et un humour noir et cynique comme j'aime.

La servante du Seigneur est petit livre qui se lit vite, comme un journal, comme une lettre, alternant questionnement personnel et propos adressés à sa fille, ou même quelques rares échanges directs entre eux.

Ici Jean-Louis Fournier aborde la question du comment vivre, en tant que parents, le changement soudain de son enfant devenu adulte?
Comment accepter ce revirement, et de ne plus être une pièce primordiale, une pierre angulaire dans sa vie...?
Comment gérer l'absence, le silence, le manque d'attention après un passé fait d'échanges, de complicité parfaite?

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Comment ne pas juger trop durement des choix que l'on ne comprend pas?
Et faire comprendre en retour que ces interrogations, ces bourrades, sont uniquement par amour, par inquiétude... parce qu'il est son père...

La peine, la déception de Jean-Louis Fournier paraissent inévitables compte tenu de la solitude qui exacerbe le sentiment de trahison, de manque de reconnaissance, et d'amour paternel éconduit.

Mais il comprend aussi que, parfois, un enfant ressente le besoin de prendre de la distance, de se tourner vers un autre, diamétralement opposé... après avoir porté un poids très lourd, celui  d'être soeur "normale" d'enfants handicapés et de la vie quotidienne qu'ils ont connue, des responsabilités qui ont pesé. 

Bien que dévoilant des sentiments très personnels, ce livre ne m'a pas semblé prendre la forme d'un règlement de comptes (ce que certains lui ont reproché) mais plutôt d'un portrait d'un père seul en pleins doutes, prenant un recul teinté d'un sursaut d'orgueil, d'insolence, de drôlerie, s'offrant le rôle du clown triste pour faire passer un message d'un père à sa fille disant simplement qu'attention, il n'est pas éternel...
Même si la fin (plutôt à l'honneur de l'auteur de l'avoir ajoutée) fait tout de même revoir sa lecture sous un autre angle, j'ai trouvé ce livre touchant de sincérité.


"Quand rentres-tu? Je t'ai préparé un très bon goûter, avec tout ce que tu aimes. J'ai choisi des fruits rares. J'ai mis sur la table une nappe brodée, des petits couverts à dessert en argent, des assiettes du XVIIIe peintes à la main. Des carafes en cristal taillé, des jus de fruits de toutes les couleurs, une chocolatière qui fume, des brioches tièdes. Encore de la brioche… Quand rentres-tu? Dépêche-toi, tout va refroidir (…) Reviens avant que je m'en aille".