tyrannie

Pour ses dix-huit ans, Thalia reçoit de ses parents le plus beau des cadeaux : ses premières injections pour vieillir prématurément la peau. Elle sait qu’être jeune est la pire des conditions. Elle a beau teindre ses longs cheveux en gris, elle reste laide. Le monde a bien changé. La jeunesse est devenue maudite et chaotique. Désormais, la vraie vie commence à cinquante ans et le pouvoir est aux mains des anciens.
Le père de Thalia, vieillard tout puissant, pense à l’avenir de sa fille et décide qu’il est grand temps de la marier à un homme d’âge mûr. En effet, rien n’est plus choquant et socialement déplacé que de s’unir entre jeunes... Thalia faillira-t-elle à l’ambition de son père?

Pas plus tard qu'il y a quelques jours, alors que je fêtais mon anniversaire, lorsque j'ai donné mon âge (pas excessivement avancé... mais, ok, pas excessivement jeune non plus...) je me suis entendu répondre "oh tu ne les fais pas....", et je crois que je devais bien le prendre. Et, de fait, je l'ai bien pris...  
Le soir même, je commençais la lecture de La tyrannie des apparences, et me disais, dès la première page, qu'ils résonnaient pas mal, ces mots parlant des premières rides et de l'âge...

Mais, dans ce roman, alors que l'on peut vivre très vieux et régénérer ses organes, c'est à partir de 40 ans que tout commence enfin... alors qu'il semblerait que l'on soit sur une pente descendante à partir de ce même âge dans notre société actuelle... (sic)... 
Mais notre société actuelle fait ici partie d'un passé très lointain, dont Thalia ne trouve quelques bribes que dans le témoignage d'une femme, victime de jeunisme, écrit des siècles auparavant. 
Car, alors qu'elle fait ses premières injections de vieillissement, et qu'un vieil ami de ses parents aimerait l'épouser pour qu'elle lui offre une descendance... elle s'interroge et se voit tentée de s'opposer à ses parents et aux diktats de la beauté qui règnent.
Aura-t-elle la force de faire entendre sa voix?

La tyrannie des apparences est un roman qui, en 158 pages, parvient à nous interroger sérieusement sur nos dérives, le culte de la jeunesse, les conflits générationnels, la "négation" des personnes âgées... Ainsi que sur nos exigences, et la trop grande volonté de lissage/d'uniformisation, et tous les excès/dangers que cela entraîne, dans un sens (rester jeune) comme dans l'autre (vieillir vite). 

Et à bien y réfléchir, La tyrannie des apparences, derrière des aspects de fable de science-fiction, n'est pas si éloigné que cela de notre réalité, mais la prend à contrepied pour encore mieux railler un certain despotisme esthétique, et faire entendre un message d'acceptation de soi, et des autres.

"J'ai du mal à imaginer un monde où il n'existerait plus de pression sociale, où l'on laisserait faire la nature sans la contraindre, où il n'y aurait plus de modèle imposé, ni de chemin à suivre." 

L'auteur(e) >> Valérie Clò est illustratrice. "La tyrannie des apparences" est son troisième roman publié chez Buchet Chastel après "Les Gosses" et "Plein Soleil".