apocalypseMaria da Graça est femme de ménage, elle a l’ambition de mourir d’amour. Elle rêve toutes les nuits qu’elle essaye d’entrer au paradis pour y retrouver monsieur Ferreira, son patron, qui, bien qu’avare et ayant abusé d’elle, lui parlait de Goya, Bergman ou Mozart, des hommes capables d’impressionner Dieu en personne. Mais les portes du paradis sont encombrées de marchands de souvenirs et saint Pierre la repousse à chaque fois. Elle verse aussi tous les soirs quelques gouttes d’eau de Javel dans la soupe de son mari. Quitéria, son amie, se prostitue mais tombe amoureuse d’un émigré ukrainien désespéré.

Ce qui surprend en premier lieu dans ce roman, c'est le style.
Pas une seule majuscule, ni pour les prénoms ni ailleurs, et aucune ponctuation autre que des points ou des virgules. Cela demande de fournir un petit effort d'attention que l'on a pas à fournir d'ordinaire, de donner soi-même leur intonation aux dialogues (écrits sans guillemets).
Cela suppose une attention de lecture différente, constante (et intéressante!) dans la lecture, mais n'ayez crainte c'est plutot facile étant donné l'intérêt que le livre suscite.

L'exploitation, les mensonges, les tromperies, l'individualisme, le mal du pays, le manque d'argent, la situation en Ukraine, sont des thème qui défilent dans les pages de cette sorte de satire, description parfois comique/ironique, parfois tragique et surtout dramatique, de la vie d'une «tranche» de la classe ouvrière du Portugal.

C'est un livre où Portugal est le nom d'un chien abandonné...
Un livre qui raconte des histoires difficiles, vécues par des personnages qui trouvent tout de même moyen de vivre avec une certaine joie, de l'humour au coeur de leur rage, des corps vivants et pleins d'envies, et le sens de la débrouille...
Car l'argent manque. Et l'estime de soi et de la part des autres est quasi inexistante. 

Alors, même si quelques images/scènes semblent un peu caricaturales (sur le physique des portugaises, les femmes nymphomanes, les ukrainiens voleurs de travail...) il y a derrière ce discours essaimé de clichés, cette envie de les brocarder, les provoquer, de faire réagir en appuyant là où ça fait mal et faire prendre conscience de la stupidité des lieux communs qui empoisonnent.

On trouve aussi dans ces pages une jolie réflexion sur l'amour, le droit aux sentiments, au rêve, au déraisonnable, auxquels n'ont pas renoncé ces femmes quarantenaires. Et leurs manières différentes à chacune de s'y abandonner.

"tu es une femme de ménage, lui disait son amie,à moins que ces hommes aient inventé le cif senteur marine je ne crois pas qu'ils te rendent plus heureuse. ils me rendent plus triste, je sais, mais ils ont toujours été persuadés que l'oeuvre qu'ils ont laissée me rendrait plus heureuse. ne pense pas à ça, ma fille, travaille et avance. ne pense pas. et s'il faut que je pense plus tard, quand je serais aux portes du paradis, pour pouvoir entrer et avoir tout à justifier. les portes du paradis n'existent pas, il n'y a que des nuages et des chaises longues. eh oui. je dois convaincre mes rêves de cela, que la vie est suffisamment difficile pour qu'on exige pas que nous soyons responsables de ce que nous en faisons."

L'auteur >> Valter Hugo Mãe est né en Angola en 1971, il est diplômé en droit. Poète, musicien et performer, il a reçu le prix José Saramago pour son premier roman, et le prix Portugal Telecom pour L'apocalypse des travailleurs, qui est le premier à être traduit en français.

Livre lu dans le cadre du comité de lecture de la médiathèque de Saint Quentin en Yvelines.