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Ce roman, récit où 2 voix se croisent dans des époques différentes, m’a fait penser à une histoire contée dans l’ambiance feutrée de la neige, au coin d’un feu.
Un mélange de douceur (comme la qualité des pages de cette bien jolie maison d’édition), où l’on entend Gaelle Josse chuchoter à notre oreille, et de violence, autant physique que morale.

Deux femmes, leurs destins… et le train comme moyen de locomotion pour un voyage temporel de l’une à l’autre.
L’une quitte la France et dédaigne les français, l’autre quitte la Russie pour s’y rendre et "s’offrir" à un niçois dans l’espoir d’une meilleur vie (« l’on peut prêter une partie de soi, comme un vêtement, … cela devrait suffire pour écrire son avenir tel qu’elle le rêve »)…

Dans ce roman, les femmes décident, les hommes se soumettent mais aiment/protègent/subissent.
Les mères sont dures et absentes, la solitude des héroïnes règne dans ces wagons offrant pourtant une grande promiscuité, wagons confinés, étriqués, comme leurs vies respectives, qui vont brusquement basculer.

Tout se percute dans ce train qui file comme un cheval au galop, la laideur et la beauté s’affrontent, les doutes assaillent, le mensonge, la surprise, l’espoir, la déception, l’effondrement et la rage… toute la palette des émotions est déclinée avec une grande élégance. 

Jusqu’à la dureté de l’ironie du sort (et du poids du passé et de l'avenir) à l’arrivée… 


« Elle voudrait dormir, dormir pour oublier toutes ces images et ces pensées qui tournent dans sa tête, comme des oiseaux énervés par le vent »

« Se laisser porter par la vague, jusqu’au moment de s’apercevoir que la vague est une déferlante mortelle, ou qu’il n’y a plus de vague, rien que le sable et d’inconfortables galets sur lesquels elle trébuche. Et la nuit qui tombe. Et la vie qui passe »

« Un fait qui paraît anodin peut se répercuter à l’infini, comme les ondes concentriques se propagent à la surface, bien après que la pierre jetée dans le lac a disparu » (…)