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New York, 3 novembre 1954. Dans quelques jours, le centre d’immigration d’Ellis Island va fermer. John Mitchell, son directeur, reste seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent: Liz, l’épouse aimée, et Nella, l’immigrante sarde porteuse d’un très étrange passé. Un moment de vérité où il fait l’expérience de ses défaillances et se sent coupable à la suite d’évènements tragiques. Même s’il sait que l’homme n’est pas maître de son destin, il tente d’en saisir le sens jusqu’au vertige.

La visite d'Ellis Island est quelque chose de fort, comme le lieu, quelque chose qui reste en mémoire.
Je n'avais pourtant que 16/17 ans lorsque j'y suis allée, mais je n'ai jamais vraiment oublié, et Gaëlle Josse m'a fait retourner sur cette île chargée d'histoire, marquée par leur présence à tous, ces migrants déracinés innondés de fatigue et d'espoir(s), rêvant de La Merica.
(Ce qui m'a rappelé le film-qu'il-faut-absolument-voir de George Perec et Robert Bober, Récits d'Ellis Island: mini reportage ici > https://www.youtube.com/watch?v=1kOZ9Y3R52Q).
Ce roman les convoque et leur rend hommage par le biais d'une peinture intime, tout en nuances et humanité. 
Ces millions d'hommes et de femmes ont laissé tout ce qu'ils avaient derrière eux pour leur survie; pour un avenir meilleur, ils ont quitté un endroit où ils étaient quelqu'un, où ils comptaient, pour se retrouver anonymes 
entre les murs austères en forme de parenthèses d'Ellis Island.
Ils se sont vus enfermés dans cette sorte de purgatoire, jaugés, questionnés, diminués, dépossédés, et pour certains rejetés sans appel, ce qui a valu à Ellis Island le nom d'"Isle of hope, Isle of tears", l'île des espoirs, l'île aux larmes.

Et dans ce monde à part entière, un directeur, un gardien, hanté par ces vies croisées et parfois écrasées, écrit un journal les quelques jours précédant la fermeture du site, pour s'alléger, délivrer sa mémoire.
Un homme avec ses failles, ses manques, ses deuils, ses zones d'ombre, faux pas et regrets, sur lesquels il jete un oeil autant mélancolique que coupable.
Un homme face à lui-même, isolé comme "son" île avec laquelle il a si longtemps fait corps, tous deux en dehors du monde et en fin de parcours.

Le dernier gardien d'Ellis Island est un très beau roman, sans pathos, bourré de poésie, et à la plume douce et sépia dont Gaëlle Josse a le secret.
L'ayant déjà vue/entendue en soirée littéraire/lecture, je reconnaissais son ton, entendais sa voix à chaque phrase, et vous pouvez en avoir un aperçu par ici: 
http://www.franceculture.fr/emission-les-bonnes-feuilles-gaelle-josse-le-dernier-gardien-d-ellis-island-2014-09-04

Un livre sur le passé, le présent, l'exil qui se répète, sur l'identité et le "peu" que nous sommes parfois, mais aussi et surtout un roman plein d'une humanité profonde qui manque parfois cruellement.

"Qu’emporte –t-il dans l’exil? Si peu, et tant d’essentiel. Le souvenir de quelques musiques, le goût de certaines nourritures, des façons de prier ou de saluer ses voisins. Parfois un accordéon ou une guitare se joignait au piano, on entendait  jouer tard dans la nuit, comme si les immigrants parvenaient à faire ressurgir, dans ces moments-là, pour quelques heures fugitives, des fragments de leurs terres natales."

L'auteur(e) >> Venue à l’écriture par la poésie, Gaëlle Josse publie son premier roman Les heures silencieuses en 2011 aux éditions Autrement, suivi de Nos vies désaccordées en 2012 et de Noces de neige en 2013. Également parus en édition de poche, ces trois titres ont remporté plusieurs prix, dont le Prix Alain-Fournier en 2013 pour Nos vies désaccordées. Ils sont étudiés dans de nombreux lycées et collèges, où Gaëlle Josse est régulièrement invitée à intervenir. Le roman Les Heures silencieuses a été traduit en plusieurs langues et Noces de neige fait l’objet d’un projet d’adaptation au cinéma.
Gaëlle Josse est diplômée en droit, en journalisme et en psychologie clinique. Après quelques années passées en Nouvelle-Calédonie, elle travaille à Paris et vit en région parisienne.
Elle anime, par ailleurs, des rencontres autour de l’écoute d’œuvres musicales et des ateliers d’écriture auprès d’adolescents ou d’adultes.
Le dernier gardien d’Ellis Island est son quatrième roman, et le premier publié par Notabilia.

Les éditions Noir sur Blanc : http://www.leseditionsnoirsurblanc.fr

Pour prolonger le voyage, de superbes photos, textes et vidéos sur le blog tenu par Gaëlle Josse: http://derniergardienellis.tumblr.com

Et parce que je suis allée chercher des traces de ma famille partie là-bas: http://www.ellisisland.org/search/passSearch.asp

Le billet de Sabine du Petit carré jaune: http://lecarrejaune.canalblog.com/archives/2014/09/02/30516481.html