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La rumeur dit que ce serait en réponse au roman de "la maîtresse" (que je ne nommerai pas...) de son mari... que Nelly Alard nous livre SON roman, après quasi 10 ans de réflexion...
Et 10 ans après, il y a du recul mais de la douleur de la peine et de la peur, encore, tellement tellement vives!

Oui, si on regarde de loin, ça peut sembler être du réglement de comptes, mais ça va bien au delà.
C'est thérapeutique. Lucide. Quasi universel. 
Outre la douleur, la blessure (et celles qui se réveillent au passage) si bien décrites, que cause un adultère à la personne qui le subit/le prend en pleine figure, il y a aussi la peur qui en découle.
La peur des maladies, la peur de perdre ce qu'on avait, et la peur de cette autre/de ce dont elle serait capable par dépit.
Cette menace qui se met à planner sur son personnage en permanence, entâche chaque minute du quotidien. Ce harcèlement, ces appels téléphoniques qui tordent le ventre. Les absences/les retards de son mari, les angoisses, les calmants pour dormir, et les enfants au milieu.

Ca peut en exaspérer ou même en laisser certains indifférents, mais ça peut aussi parler à certaines femmes dans cette situation somme toute pas mortelle mais dont on peut aisément et longuement croire qu'on va mourir.

Avec dureté sincérité et humour, Nelly Alard prend du recul et nous livre son analyse d'une chute, de la folie d'une maîtresse maladroitement rejetée et insistante.
Et de l'attitude d'un homme plutôt agaçant/décevant, incapable de faire des choix fermes et définitifs... un homme manipulateur, menteur et lâche, dépassé par les évènements qu'il n'avait pas même imaginés, encore moins anticipés.

"Il se demandait comment faisaient les autres, quelque chose de si léger au départ, les proportions que ça prenait, il ne comprenait pas comment c'était possible"...

Juliette se retrouve donc précipitée dans un gouffre, confrontée à une autre qui lutte pour l'amour de son mari, et à son couple en pleine tempête, oscillant entre haine et amour.
Cette souffrance qui entraîne des gestes de colère qui débordent, le même été que la mort de Marie Trintignant dont Nelly Alard parle dans son roman avec délicatesse, cette violence qui résonne alors en elle/dans son couple et l'effraie...

On ressent, 
dans ce thriller contemporain pertinant, intelligent et sensible, un peu de peine, mais (très) rapidement de l'agacement vis à vis de Victoire, la maîtresse manipulée, mais à la souffrance lourde et indélicate.
Juliette, quant à elle, force l'admiration, avec sa constance et sa dignité, cette volonté qui ne la lâchera pas de "l'emporter", d'avoir le dernier mot... et ce, jusqu'à l'ultime ligne de ce roman.

(Moment d'un couple fait partie de la sélection des prix de Flore, Interallié, et Jean Giono)

"Les gens ont une idée très précise de la manière dont doit se comporter une femme trompée, de ce qu'elle peut ou ne peut pas supporter, de ce qu'elle doit ou ne pas accepter, et le consensus était, au nom de la dignité des femmes, au nom de leur intégrité, qu'elle avait le devoir de se montrer intransigeante, qu'elle était sommée de préférer une solitude glorieuse à un amour imparfait (...) eh bien, tant pis, pour ce qu'en disaient les autres, Juliette, elle pliait mais elle ne rompait pas, elle était le roseau, elle ne serait pas rompue, elle y tenait c'était son droit à son amour imparfait, à son amour conjugal, à son amour de merde."

Livre lu dans le cadre du comité de lecture de la médiathèque de Saint Quentin en Yvelines