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J'avais eu des échos assez contraires sur ce titre, soit vraiment emballés, soit vraiment insatisfaits... 
Une amie vivant aux Etats Unis avait eu des mots dithyrambiques, et m
a médiathèque l'ayant en catalogue, je me suis offert le droit à la curiosité, car depuis le salon du livre, ce titre m'interpelait.

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Et puis, je ne sais pas résister à une couv avec une part de gâteau dessus (Julia Glass m'avait déjà attirée dans ses filets avec un magnifique cake en photo de couv de son roman Refaire le Monde, qui m'avait un poil déçue (c'était loooooong))... Je crois tout de même que la couv originale aurait également pu m'attirer, même si je trouve que la couv française coincide mieux avec l'histoire.)

Ce roman a une idée de départ franchement audacieuse qui sort clairement des sentiers battus avec un côté surnaturel, fantastique et mélancolique qui ne m'a pas laissée de marbre (mais auquel on peut rester totalement hermétique).

L'histoire? >>
Le jour de ses neuf ans, Rose Edelstein mord avec délice dans le gâteau au citron préparé pour l'occasion. S'ensuit une incroyable révélation :
elle ressent précisément l'émotion éprouvée par sa mère, alors qu'elle assemblait les couches de génoise et de crème.
Sous la douceur la plus exquise, Rose perçoit le désespoir. Ce bouleversement va entraîner la petite fille dans une enquête sur sa famille. Car, chez les Edelstein, tous disposent d'un pouvoir embarrassant : odorat surpuissant ou capacité de se fondre dans le décor au point de disparaître. Pour ces superhéros du quotidien, ce don est un fardeau. Chacun pense être affligé d'un mal unique, d'un pouvoir qu'il faut passer sous silence. Comment vivre lorsque les petits arrangements avec la vérité sont impossibles ? Comment supporter le monde lorsque la moindre bouchée provoque un séisme intérieur?

J'ai vu dans ce roman, magnifiquement bien traduit (par Céline Leroy), une humanité triste sacrément touchante.
MAIS je me dois d'être honnête et vous avouer qu'arrivée à la moitié je me suis posé des questions, et ai hésité à l'abandonner.
Je me disais, comme souvent lorsque je sors du cinéma, "y'avait un concept... mais non...".
Je comprends que certaines personnes n'aient pas aimé, l'aient trouvé déstabilisant, et se soient découragées devant sa lenteur.
 
Mais maintenant que je viens de le refermer je peux dire que si si, j'ai aimé.

Ce frère et cette soeur aux capacités extraordinaires pourraient ne pas sembler crédibles, mais pour ma part, j'ai adhéré.
En voyant ces personnages vivre un difficile passage à l'âge adulte, et dans leurs pouvoirs une allégorie poétique et originale de la différence et de la souffrance qu'elle provoque.  
Oui, des "pouvoirs"/différences bien douloureux, dont l'une finira par faire une "force", et qui deviendra pour l'autre une simple malédiction trop dure à porter.

Il n'y a pas de justice dans ce roman, mais pas de misérabilisme non plus, juste la vie, brutale, sans explications, dans une ville (Los Angeles) et sa banlieue remarquablement bien décrite.

L'amour de parents un peu dépassés malheureux, imparfaits, vivant dans le manque et l'espoir les plus douloureux qu'il soit.
L'amour d'une soeur pour son frère... Mais un amour qui ne suffit pas.
L'amour, aussi, de la nourriture et du temps, de l'attention, que nous ne lui accordons pas toujours, oui dans le pays du fast food où l'obésité atteint des niveaux affolants, c'est pas si mal de lire ce genre de discours évident, mais primordial.

Et l'attachement à un objet (dont je tairais le nom), à mes yeux juste bouleversant...

"Ma mère avait fait ce gâteau pour moi, sa fille qu'elle adorait tellement qu'à mon retour de l'école, je la voyais parfois serrer les poings à cause d'un trop-plein d'émotions, et quand elle me prenait dans ses bras pour m'accueillir, je devinais combien ce geste était insignifiant par rapport à tout ce qu'elle voulait donner"

La plume d'Aimee Bender m'a conquise et donné envie de découvrir ses titres précédents, alors je vous reparlerai sûrement d'elle!