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C’est dans le ghetto juif du Caire que naît, contre toute attente, d’une jeune mère flamboyante et d’un père aveugle, Zohar l’insoumis. Et voici que sa soeur de lait, Masreya, issue de la fange du Delta, danseuse aux ruses d’enchanteresse, le conduit aux portes du pouvoir. Voici aussi les mendiants et les orgueilleux, les filous et les commères de la ruelle, les pauvres et les nantis, petit peuple qui va roulant, criant, se révoltant, espérant et souffrant.
Cette saga aux couleurs du soleil millénaire dit tout de l’Égypte : grandeur et décadence du roi Farouk, dernier pharaon, despote à l’apparence de prince charmant, adoré de son peuple et paralysé de névroses. Arrivée au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en 1952 et expulsion des Juifs. Islamisation de l’Égypte sous la poussée des Frères musulmans, première éruption d’un volcan qui n’en finit pas de rugir… C’est la chute du monde ancien, qui enveloppait magies et sortilèges sous les habits d’Hollywood. La naissance d’un monde moderne, pris entre dieux et diables.

A chaque fois que j'ai eu à poser ce roman au cours de sa lecture, je me disais que Tobie Nathan était vraiment un conteur fantastique, amoureux de son pays natal, l'Egypte.
Un conteur qui vous happe dès les premières phrases, vous immerge dans son histoire, dans le décor, jusqu'à vous faire sentir les parfums d'épices, entendre les chants, les accents, parcourir les ruelles du Caire, partager le quotidien de femmes libres et de communautés qui vivaient respectueusement ensemble.
Un décor enchanteur et fascinant, une histoire faite de sorcellerie, de traditions, de fraternité, d'amour intense, passionné, insensé...
La fresque d'une jeunesse un peu perdue entre deux époques, et celle d'un pays en pleine mutation dont nous traversons l'histoire de 1915 à 1956...

C'est tout cela que Tobie Nathan nous livre dans ce roman au 
vocabulaire riche, plein d'imaginaire et de poésie contrebalançant la réalité dans laquelle il est ancré. Un roman mêlant personnages fictifs et réels, qui a encore plus résonné en moi compte tenu de l'actualité, nous faisant côtoyer le roi Farouk tout en égo et excès, gèrant mal la guerre et ses alliances, jusqu'à son renversement et l'arrivée au pouvoir de Nasser, entraînant l'expulsion progressive des juifs égyptiens.
Un roman dont on se détache lentement une fois terminé, tant il est gorgé de magie, de 
nostalgie, de passion et de grâce au coeur d'une désillusion malheureusement plutôt évocatrice....

"Et là, depuis... depuis quand déjà? Depuis la fin de la guerre, certainement... Ces manifestations de rue, ces violences, ces amorces de pogroms... L'ambiance n'était plus la même, il sentait l'étau se resserrer... et sa gorge aussi."

L'auteur >> Ethnopsychiatre, disciple de Georges Devereux, professeur de psychologie, quelque temps diplomate, Tobie Nathan est également essayiste et romancier. Il a publié, entre autres, La Nouvelle Interprétation des rêves (Odile Jacob, 2011) et Ethno-roman (Grasset), prix Femina de l’essai 2012.

Ce Pays qui te ressemble a été en lice pour le Prix Goncourt 2015 (remporté par Mathias Enard - Boussole).

Les éditions Stock : http://www.editions-stock.fr/