Carthage

Tout semble aller comme il se doit dans la petite ville de Carthage en ce début de juillet 2005, si ce n’est que Juliet Mayfield, la ravissante fille de l’ancien maire a, pour des raisons peu claires, rompu ses fiançailles avec le caporal Brett Kincaid, héros de retour de la guerre d’Irak. Un héros très entamé dans sa chair et dans sa tête, dont pourtant Cressida, la jeune sœur rebelle de Juliet, est secrètement amoureuse. Or, ce soir-là, Cressida disparaît, ne laissant en fait de traces que quelques gouttes de son sang dans la jeep de Brett. Qui devient alors le suspect numéro 1 et, contre toute attente, avoue le meurtre…
Sept ans après, un étrange personnage surgit qui va peut-être résoudre l’impossible mystère. 

Je me suis plongée dans Carthage il y a 2 semaines (...), pour "m'évader" un peu en me laissant envelopper par l'atmosphère que sait toujours tellement bien entretenir Joyce Carol Oates. 
Et ce fut un bon choix, car, même si la violence est présente dans ce roman, je me suis vite retrouvée à ne plus vouloir lâcher les (quasi) 600 pages de cette histoire de disparition, de (trauma de) guerre, d'apparences et de mystère.

A mes yeux, Carthage est un roman plutôt brillant qui traite dans une fluidité admirable de sujets denses soulignant les travers de la société américaine, notamment (dans le désordre) les dysfonctionnements du système judiciaire, le milieu carcéral/les couloirs de la mort, (les stigmates de) la guerre (en Irak), la culpabilité, le deuil impossible, l'amour, l'absence, l'identité, la vérité et le pardon, dans une Amérique rurale post-11 Septembre en perte de repères et négligée (à l'image de la couv).

Joyce Carol Oates fait encore une fois preuve de son sens de l'observation, de beaucoup d'humanité et de réflexion sur "l'homme" et ses travers, ses perversions, ses conflits intérieurs, ses exigences, son mal-être, son rapport à l'autre, à la religion, au sacrifice, à la conquête et à la destruction (où le nom de la ville de Carthage prend sens...).

Elle imbrique tous ces thèmes dans une construction impressionnante faite d'un mélange savant (d'un peu) de suspens (ne l'achetez pas pour cela), de questionnement (voire de prise de position), d'actualité, d'intemporel et de psychologie. Ceci dans une langue élégante et percutante, alternant réalisme et métaphore, qui devrait aussi vous interpeller.

"On n’est jamais entièrement quitte d’une faute qui concerne autrui (...)"

L'auteur(e) >> Joyce Carol Oates est née en 1938 à l'ouest du lac Erié. Son père travaillait pour la General Motors. Elle passe une enfance solitaire face à sa soeur autiste et découvre, lorsqu'elle s'installe à Detroit au début des années 60, la violence des conflits sociaux et raciaux.
Membre de l'Académie américaine des arts et des lettres depuis 2008, professeur de littérature anglaise à Princeton. Titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires (elle figure depuis des années sur la courte liste des Nobélisables), Joyce Carol Oates figure depuis longtemps au premier rang des écrivains contemporains. Elle a reçu le prix Femina étranger en 2005 pour Les Chutes.

Les éditions Philippe Rey : http://www.philippe-rey.fr/