Valet de pique

Quel auteur n’envierait le sort d’Andrew J. Rush? Écrivain à succès de romans policiers vendus à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde, père de famille heureux, Andrew vit dans une petite ville du New Jersey où il trouve le calme nécessaire pour édifier son œuvre.
Mais Andrew a un secret que même ses plus proches ignorent : sous le pseudonyme de Valet de pique, il écrit des romans noirs, violents, pervers, romans qui scandalisent autant qu’ils intriguent le monde littéraire.
Cet équilibre tout en dissimulation qu’Andrew a patiemment élaboré va être menacé. Au départ, la plainte d’une voisine, Mme Haider, probablement un peu dérangée, qui l’accuse d’avoir plagié ses romans autopubliés. Parallèlement sa fille lui pose des questions gênantes après avoir trouvé des traces autobiographiques dans un roman du Valet de pique ; sa femme Irina est soupçonnée par Andrew d’entretenir une liaison avec un professeur de maths. Ces éléments menaçants vont réveiller chez Andrew des fantômes du passé, réveiller aussi la voix désormais plus insistante et terrifiante du Valet de pique…

Joyce Carol Oates est prolifique et cela ne cesse de me mettre en joie. 
Je n'ai pas (encore) pu/eu le temps de lire toutes ses dernières productions, mais je les garde précieusement, comme des valeurs sûres, parce qu'elle ne m'a jamais déçue. 

Ceci étant, j'ai refermé Valet de pique en me disant que ce n'était pas son meilleur livre, car certains thèmes (comme le plagiat, l'écriture sous anonymat...) auraient mérités d'être traités plus en profondeur.
Mais Joyce Carol Oates dans ce style millimétré, sec et précis qui la caractérise, signe malgré tout un (court) thriller psychologique efficace qui m'a rappelé un (court) roman traitant également du plagiat écrit par Stephen King (Vue imprenable sur jardin secret, devenu Fenètre secrète lorsqu'il a été adapté au cinéma en 2004). Stephen King dont
 le nom apparaît dans les pages de Valet de Pique, dans une intéressante et assez vertigineuse mise en abyme.

Joyce Carol Oates livre un récit très sombre sur les apparences qui dominent ce monde, et se révèlent souvent trompeuses, sur le secret, le processus d'écriture, la ligne ténue entre le génie et la folie, les pulsions violentes quand les digues lâchent. 
Son personnage principal, Andrew, a pourtant tout pour lui, auteur à succès, avec une belle maison, une belle voiture, une belle femme ayant renoncé à ses propres ambitions afin de se consacrer à son mari, une famille parfaite en apparence... Et pourtant...
En quelques pages Joyce Carol Oates nous démontre que tout équilibre, professionnel, personnel, mental, reste précaire.
Au final, un roman un peu boîteux mais qui reste redoutable (et bénéficie d'une excellente traduction).

"Étrange que, incapable d’écrire en tant que Andrew J. Rush et incapable de dormir, je puisse écrire des heures, dans une sorte de délire, en qualité de Valet de pique. Les pages défilaient. Ma respiration s’accélérait. Tu as trouvé la jugulaire! Pas de retour en arrière."

L'auteur(e) >> Joyce Carol Oates est née en 1938 à l'ouest du lac Erié. Son père travaillait pour la General Motors. Elle passe une enfance solitaire face à sa soeur autiste et découvre, lorsqu'elle s'installe à Detroit au début des années 60, la violence des conflits sociaux et raciaux. 
Membre de l'Académie américaine des arts et des lettres, titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires,parmi lesquelles le National Book Award, Joyce Carol Oates occupe depuis longtemps une place au tout premier rang des écrivains contemporains. Elle est l'auteure de recueils de nouvelles et de nombreux romans dont Les Chutes (prix Femina étranger en 2005), Mudwoman (meilleur livre étranger en 2013 pour le magazine Lire) et Carthage.

Les éditions Philippe Rey : http://www.philippe-rey.fr/unepage-home-home-1-1-0-1.html