Le Séducteur

De son enfance aux abords des fjords norvégiens, jusqu’au soir où sa femme est assassinée, la destinée de Jonas Wergeland est un kaléidoscope éblouissant de pensées, d’échecs et de moments de gloire. Homme de télévision charismatique qui tient bon malgré les défis, l’adversité et les conquêtes, il ne vivra jamais à moitié.
Mille et Une Nuits de notre temps, roman en spirales, fait d’échos et de myriades d’histoires, Le Séducteur nous plonge dans l’existence d’un héros improbable. Et si rien n’est vrai, alors Jonas sera devenu ce qu’il voulait être: un conteur fabuleux à même d’inspirer les autres.

Le Séducteur est le premier tome d'une trilogie sortie en Norvège en 1993, qui a demandé près de dix ans de travail à son auteur.
C'est un roman foisonnant qui nous offre un véritable voyage de plus de 600 pages dans toute une époque et un pays aussi attirant et fascinant que l'est Jonas Wergeland, son personnage principal.

C'est un roman dense, qui demande que l'on ait du temps devant soi, et une certaine capacité de concentration, car l'on passe d'une époque à une autre en n'ayant rien d'autre à se raccrocher que le fil des pensées du (mystèrieux) narrateur.

Jan Kjærstad décrit par petites touches les moments d'éveil, de gloire, d'échec, de révélation, de virage ou de grace qui composent une vie, ici donc celle de Jonas Wergeland, célébrité télévisuelle nationale, dont nous faisons la connaissance alors qu'il vient de trouver sa femme morte sur le sol de leur salon.
Cet évènement va être le point de départ de nombreux flash backs à l'ordre chronologique anarchique, car finalement on raconte rarement une vie
 de façon linéaire, mais plus fréquemment en faisant des sauts de puce d'un point à un autre de sa mémoire.
C'est en ça que le Séducteur est, au début, déstabilisant, puis apparaît dans toute son originalité, sa sensibilité et son intelligence, sur sa manière d'interroger la façon dont on devient qui l'on est, et comment nos routes dévient peu à peu, ou plus brusquement, et nous offrent la possibilité de nous réinventer.

Le texte est parfois cru (voire érotique), drôle, nostalgique, doux, et l'on atteint le point final en se rendant compte que tous ces instants sont brillamment reliés pour donner ce patchwork riche, touchant, tragique, interpellant.
Bravo (encore une fois) à Monsieur Toussaint Louverture pour cette trouvaille à la superbe couverture (comme toujours)... (j'espère que les opus suivants - Le Conquérant et Le Découvreur - sont déjà dans les tuyaux...). 

"- Ce que j'essaie de dire, je crois, c'est que chaque être est autant une somme d'histoires qu'un ensemble de molécules. Moi, par exemple, je suis en partie ce que j'ai lu au fil des ans. Mes lectures ne me quittent pas. Elles se déposent en moi comme... je ne sais pas... des sédiments. 
- En définitive, tu penses que les histoires que tu as entendues sont aussi importantes que les gènes que tu as reçus.
Axel prit soudain l'air songeur que l'on affiche souvent en entendant quelqu'un d'autre énoncer clairement ce que l'on a en tête. 
- Pourquoi pas? dit-il. 
- Effectivement, pourquoi pas, renchérit Jonas. Donc, selon toi, le fait d'entendre une bonne histoire est susceptible de changer un humain. 
- Parfaitement. Peut-être est-ce ça la vie, au fond...Engranger des récits, se forger un arsenal de bons moments pour pouvoir ensuite les agencer de manière complexe, comme l'ADN.
"

L'auteur >> Depuis ses débuts littéraires en 1980, Jan Kjærstad s’est distingué comme étant l’un des auteurs norvégiens les plus populaires, cosmopolites et innovants, mais aussi en tant que théoricien littéraire respecté et membre actif des débats culturels sur ce que signifie être Norvégien. Ayant vécu pendant deux ans et demi (1989-1991) à Harare, au Zimbabwe, il a beaucoup voyagé et a consacré sa vie à évoluer au même rythme que la littérature contemporaine et les théories critiques. Kjærstad apporte à la scène littéraire un mélange inégalé d’érudition internationale et d’identité norvégienne basée sur la vie quotidienne, consignée avec minutie. En tant qu’éditeur du journal littéraire Vinduet à la fin des années 1980, Kjærstad est l’un des premiers Norvégiens à avoir reconnu l’importance des débats qui avaient lieu dans tout le monde occidental sur le postmodernisme en littérature, et a introduit certaines de ces idées auprès du public norvégien (...) Titulaire de l’équivalent d’un master en Théologie de l’Université d’Oslo, Kjærstad est parfois qualifié d’« œcuméniste littéraire », en raison de sa prédilection pour la juxtaposition de points de vue multiples, qui mettent le lecteur au défi de trancher. (source: Monsieur Toussaint Louverture)