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Alsace, 1969. Lors d’un séjour chez ses grands-parents, avec Camille, sa cousine dévergondée, Juliette rencontre Patrice, adolescent rebelle dont elle tombe follement amoureuse. Leurs vacances riment avec insouciance, s’y mêlent les dernières notes de l’enfance que l’on voudrait ne jamais oublier. Pourtant, dès la rentrée, Juliette doit choisir entre son désir d’émancipation et les codes étriqués de son milieu. Cette idylle ne restera-t-elle qu’une belle échappée?
Hymne à la fureur de vivre, Les Années Solex célèbre l’âge de tous les possibles. Pantalons pattes d’eph, foulards indiens, musique pop… autant d’évocations délicieusement nostalgiques qui ressuscitent une génération avide de liberté.

Lorsque j'ai vu ce titre d'Emmanuelle de Boysson je me suis immédiatement souvenue du vieux Solex noir de ma mère, qui est longtemps resté dans la cave de mon grand-père dans le Sud... Ma mère nous disait souvent combien ce Solex avait été synonyme de liberté et d'émancipation. Il roulait encore lorsque j'avais une dizaine d'années, et je posais sur lui un regard entre curiosité et convoitise, sans totalement réaliser combien il avait été vecteur d'indépendance pour certaines générations.

Alors, Emmanuelle de Boysson n'a pas l'âge de ma mère, mais grace à elle, je me suis promenée en Solex dans les années 70 qui lui furent chères.
J'ai suivi Juliette dans cette période d'éveil/de passage entre l'enfance et l'adolescence, découvrant ses premières revendications, ses envies de jeune femme, 
ses premières boums, ses premiers drames et coups de coeur, et la naissance d'une véritable passion pour l'écriture qui ne la quittera pas. 

Outre l'époque parfaitement bien détaillée, des objets aux musiques en passant par les couleurs vives des seventies, c'est aussi le regard fait d'interrogation, de déception, révolte et détermination que pose Juliette sur cette société en pleine mutation, ainsi que sur les adultes et leurs arrangements, qui fait mouche. 

Il y a un côté cinématographique à la Rohmer dans ce polaroïd d'une période charnière, y'a de la vie qui pousse et force les portes, des cris, des pleurs, des envies d'idéaux, des traditions bousculées, des conflits de générations/ruptures amicales ou familiales.
Le tout sous la plume vive et rythmée d'
Emmanuelle de Boysson qui partage ici quelques uns de ses souvenirs entre une douce nostalgie et l'envie de transmettre, avec en ps le message de ne jamais trop tourner le dos à l'ado plein(e) d'aspirations que l'on était. 

""J'écris pour ne pas m'ennuyer, moi qui me lasse si vite de tout. J'écris comme on court à travers champs, sans savoir où l'on va, alors que ma vie est toute tracée. J'écris ce qui me vient, ce qui naît quand je ne m'y attends pas, au momentoù mon esprit flotte, où je perds le fil. J'écris pour jouer parce que je suis mauvaise joueuse. J'écris ce que je tais, parce que je parle trop. J'écris pour savoir ce que je veux puisque ma mère le sait mieux que moi. J'écris pour ne pas tomber malade, de grosses boules dans la gorge. J'écris pour me cacher, moi qui aime tant me mettre en scène. J'écris pour être une autre, moi qui ne sais pas qui je suis. J'écris pour ne pas perdre mon temps alors que je passe des heures à ne rien faire. J'écris sans penser à demain, pour savoir ce que je deviendrai. J'écris maintenant, pour moi, et je me fous que maman pense que ça n'est pas un métier, mais du narcissisme, de l'exhibitionnisme. J'écris jusqu'à ce que le sommeil m'emporte, pour que mes rêves m'inspirent, pour ne plus avoir peur du noir."
Mon cahier dans mon coffre d'ébène, je cachai la clé sous mon matelas. On pouvait me priver de tout, sauf de ça." 

L'auteur(e) >> Écrivain et critique littéraire, Emmanuelle de Boysson est également l’une des fondatrices du prix de la Closerie des Lias. Elle a publié de nombreux essais et romans inspirés des réalités féminines parisiennes, dont Les Grandes bourgeoises (2006), succès de librairie.

Les éditions Héloïse d'Ormesson : http://www.editions-heloisedormesson.com/