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François Sauval est un capitaine d’industrie et un aventurier qui accumule les records dans l’espoir de marquer son époque. Il fait venir auprès de lui un écrivain pour bâtir sa légende, avant de relever un ultime défi : acquérir un territoire pour y fonder un État.
Chassée de chez elle voilà des siècles et s’amenuisant aux confins de l’Amérique centrale, la tribu des Charahuales semble condamnée à disparaître avec sa langue ancienne et sa culture. Son destin croise celui d’une jeune linguiste française convaincue de l’influence des noms sur les choses.
Tous craignent d’être oubliés, mais laissent le soin à des tiers de décrire leur trajectoire, comme s’il était impossible de raconter sa propre destinée sans en précipiter la fin.

Quand nous étions des ombres est le quatrième roman de Mikaël Hirsch (dont j'avais déjà beaucoup aimé Avec les Hommes, et Libertalia), un roman entre aventure, action et réflexion, abordant avec finesse l'absurdité du "toujours plus haut, toujours plus fort", la peur de l'oubli et l'obsession qu'ont certains de marquer les esprits et l'histoire (et les raisons qui les y poussent).
Son personnage principal, écrivain, devient le témoin d'une époque, biographe tenant un rôle de retranscription et de glorification d'un homme que rien n'arrête, et que le monde encourage (jusqu'à ce qu'il s'en lasse)... 

Avec un véritable talent de conteur, mêlant cynisme, légende et philosophie, Mikaël Hirsch pointe du doigt (en quelques 186 pages qui se dévorent) les excès des hommes, leur volonté de puissance jusqu'à l'absurde, les dégâts de l'industrialisation/du capitalisme... et l'appropriation à tout va entraînant la disparition d'un peuple/de coutumes et d'une langue dans l'indifférence totale.

Et tout ceci avec beaucoup d'intelligence, d'ironie, d'humour et d'empathie, dans une langue (justement) soignée, douce et érudite, bel hommage aux mots qui permettent de transmettre, et d'interroger sur le sens de nos existences effervescentes.

"Des peuples aujourd’hui disparus ne subsistent bien souvent aucune histoire officielle puisque celle-ci est écrite par les vainqueurs. Tout au plus peut-on se raconter leurs mythes sans trop y croire, comme le vent colporte encore parfois quelques rumeurs du passé (...) Parmi tous ceux-là, les Charahuales parlaient le matagalpa, avant que cette langue ne disparaisse pour toujours de la surface de la Terre, comme un navire sombre en ne laissant rien d'autre qu'un peu d'écume à la surface des eaux et son nom dans les registres de la Lloyd's à Londres."

L'auteur >> Mikaël Hirsch est un écrivain français né à Paris en 1973. Deux de ses romans, Le Réprouvé (2010) et Avec les hommes (2013) ont figuré dans les sélections du Prix Femina. Après Libertalia, paru en 2015, Quand nous étions des ombres est le quatrième roman de Mikaël Hirsch publié aux éditions Intervalles.
Son site : http://www.mikaelhirsch.fr/