9782081314160

Peut-on supporter d’un mari avare et volage qu’il vous empoisonne la vie ? Non : on le tue. 
Peut-on, lorsqu’on est belle à se damner, supporter de vivre au sein d’une famille de nazillons misérable et malodorante dans les friches de la Lorraine ? Non : on profite de sa beauté pour s’en sortir. 
Angèle la meurtrière, Annabelle la prostituée de luxe ont dit non. Elles se rencontrent : coup de foudre. Elles disent alors oui, oui à l’amour, la déraison, la passion. Oui, la femme est clairement l’avenir de la femme. 
Si ce n’est qu’un flic enquête sur le meurtre du mari d’Angèle…

Débarrassons nous immédiatement d'un détail: Héléna Marienské et moi-même avons un lien de parenté (ce qui, entre nous, aurait pu me faire lire ce roman avec un oeil encore plus critique plutôt que l'inverse, croyez moi :-)). 
Vous imaginez bien que la boulimique de lecture que je suis ne pouvait donc pas passer à côté de ce tout dernier roman. 

D'autant (et SURTOUT) qu'elle m'avait déjà franchement impressionnée avec son premier roman, Rhésus (paru en 2006 chez P.O.L, désormais disponible en format poche chez Folio : Prix du 15 minutes plus tard, Mention spéciale du Prix Wepler Fondation La Poste, et le Prix Madame Figaro/le Grand Véfour et enfin élu par la revue LIRE meilleur premier roman de l'année 2006, et nommé par la même revue dans les 20 meilleurs livres de 2006). 
J'avais également adoré les pastiches qu'elle livrait dans le Degré suprême de la tendresse (paru en 2008 aux éditions Héloïse d'Ormesson, désormais disponible chez Le Livre de Poche, Prix Jean-Claude Brialy de la Ville de Saumur "Esprit Bacchus" 2008).

Bon, afin que le suspens ne soit pas insoutenable, je vous le dis:
Ce livre est ju-bi-la-toi-re.

Mélangez du vitriol anti conformiste à du féminisme (sans étendard), de la politique (hyper documentée, mais aussi cyniquement drôle, par ex >> L'OPEP devenant l'organisme des pays exportateurs de putes....), du littéraire et du pornographique cru réaliste mais jamais vulgaire (et bien loin des 50 shades of gnan gnan) et voilà, vous obtenez cette lecture enlevée et décapante.

Dès les premières lignes, il y a un rythme qui emporte, accélère, puis ralenti et repart pour, à la fin, nous laisser revigoré(e)s par cet humour, ce cynisme, et cette malice insolente mais (à mes yeux) réaliste.

C'est débridé, sans tabous et décomplexé, tout ceci servi par un vocabulaire piquant et taillé à la perfection.

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Ce roman a, en fait, un petit côté "double face"/"bi polaire" (le paraître, l'image que l'on donne et ce que l'on est/ressent en réalité, deux vies dans deux villes (Millau/Paris), deux métiers (prof/écrivain), l'excitation dans l'écriture suivi de pannes sèches...)...
Et bi sexuel.
Car oui, il y est aussi beaucoup question de sexe(s), d'éveil à la sexualité/sensualité, de prostitution (de l'utilisation consciente de son physique jusqu'au tourisme sexuel dans les pays défavorisés), la découverte (sans drame) du saphisme, la découverte de soi, qui surprend parfois mais contre laquelle il ne sert à rien de lutter.

On croise donc dans ce roman des femmes qui apprennent, évoluent, feintent, prennent le pouvoir et des décisions radicales, des hommes manipulés (ou pire...), des désillusions amoureuses et/ou revirements politiques, un flic en plein burn out (...), une psy chahutée (...) et... un bac à compost :-)... 

Ca dégénère ça dérive, et Héléna Marienské au clavier ne perd jamais la maîtrise sa partition, dans un mode de narration très scénaristique. 
Elle vous bluffe, elle vous bouscule, elle vous emmène dans des chemins de traverse pour aborder des sujets importants avec legéreté, et tout cela sans se priver d'être brillante. 
Et de nous dire, en substance, que le défi c'est peut être "simplement" de jouir de la vie, de s'offrir sa liberté.


"Pourquoi lui est-il devenu insupportable à ce point? Elle hausse les épaules, sourit dans le vague. Les voyages en Smart, et les huit heures de train pour rentrer à Millau, et le viaduc multihaubané visible depuis la terrasse, et la misère de l'hiver qui dure et qui s'installe et s'insinue partout, et la solitude qu'elle supporte de moins en moins, et l'Inspiration en berne, congelée dans la cuvette de Millau, et les frasques du vieux qui fait le joli coeur, et le tintouin avec ses donzelles, et sa radinerie qui tournait à la folie, plus il vieillissait plus il était pingre, tout le cirque de la déconsommation, parlez lui de la déconsommation, et les salades de pissenlit et les plâtrées de tofu, et le panier désolant de l'Amap... Et les toilettes sans chasse d'eau, DEHORS! Les toilettes à litière biomaîtrisée dans le jardin où l'on meurt de froid l'hiver et de chaud l'été, ne parlons pas des mouches. (...) Et l'impression d'être faite comme un rat, alors qu'elle est encore jeune, merde! Quel cauchemar... Tout cela est terminé ou peu s'en faut."


Héléna Marienské sera le vendredi 31/01 à partir de 19.00 à la librairie Violette and Co, 102, rue de Charonne, dans le 11ème arrondissement de Paris, pour une rencontre assurément animée (et je ferai tout mon possible pour y assister :-))