LA VIE À CÔTÉ - Mariapia VELADIANO
L'histoire >> Rebecca est laide. Extrêmement laide. Elle vit, avec prudence et en silence, dans une magnifique maison au bord d'un fleuve, aux côtés d'un père, médecin trop absent, et d'une mère qui «a pris le deuil à sa naissance». Rebecca se tient elle aussi hors du monde, enfermée pour ne pas être blessée, élevée par la sainte et tragique servante Maddalena qui la protège.
C'est sans compter sur l'impétueuse tante Erminia, qui décide de l'initier au piano, et qui cache pourtant des sentiments moins nobles. Mais Rebecca est douée et va concentrer sa vie entière dans ses mains, parfaites. La rencontre avec la Signora De Lellis, musicienne réputée et détentrice d'un secret de famille, le confirme : une autre vie est possible, un autre langage, une vie à côté.
L'auteur(e) >> Après des études de philosophie et théologie, Mariapia Veladiano est aujourd'hui professeur de lettres à Vicenza. Elle collabore également avec les journaux La Repubblica, Avvenire, Il Regno. Elle a reçu le prix Calvino en 2010 pour La vie à côté.
Ce premier roman/conte moderne (ou tristement intemporel) m'a fait penser aux contes de mon enfance, parlant de différence, d'isolement, d'incompréhension, de cruauté... un vilain petit canard à l'image de cette touche de piano noire...
(à ce propos, je le trouve bien beau ce clavier en bandeau, et cette couv m'a attirée, alors que la couv italienne - ci dessous - m'aurait quasi assurément fait zapper ce roman... Donc bravo Stock :-)).
La vie à côté raconte l'histoire d'un couple, d'une famille, d'un amour maternel, d'une enfant laide, tous mis à mal par des secrets, un silence, un rejet, une manipulation.
L'histoire de drames qui se cachent derrière les façades des maisons et la rumeur qui les entretient. Des non-dits qui laissent la douleur se propager.
La maladie d'une femme laissée enfermée dans ce mal être, dans cette dépression post partum, méconnue et (bien trop) souvent niée.
Il y a toute une vie à côté de celle de Rebecca (dont le prénom veut ironiquement dire "celle qui prend les hommes au piège"...), qui se contruit sans réel support, ne fait que croiser sa mère, son père... reste enfermée, n'est autorisée à sortir que dans la pénombre (pour la protéger ou se préserver d'une honte...), puis se trouve isolée même parmi ses camarades d'école. Elle vit par procuration, écoute les potins de sa seule amie, Lucilla ("différente" aussi car en surpoids), et se retrouve sous l'emprise d'une tante à l'attitude discutable qui l'initie au piano.
Alors la musique deviendra son moyen d'expression et d'évasion, ses mains l'aideront à déclarer indirectement/musicalement son amour à sa mère, à créer du beau, dépasser la solitude imposée par les limites de son physique (et surtout par les autres).
Car il est lourd, brutal, le poids du regard de l'autre sur la différence.
L'importance pathétique des apparences, la bétise/la férocité de l'humain, quand le physique compte tellement et favorise la réussite des belles/beaux, et encourage les laids à recourir à la chirurgie.
J'ai lu certaines critiques trouvant ce roman décevant et plein de stéréotypes, pour ma part, rien de cela, je l'ai lu en me laissant emporter, en partageant les journées et les interrogations de Rebecca, attendant de comprendre, comme elle, ce qui lui avait été caché, ce qui a tout fait basculer.
Un "presque-coup-de-coeur", à l'excellente traduction je crois, en tout cas qui me semble avoir su respecter cette ambiance de flottement pesant créé par Mariapia Veladiano, qui fait que l'on vit par procuration le confinement de Rebecca/de sa mère, et qu'on ne peut lâcher que très difficilement ce livre.
"La vie n’est pas un objet précieux à conserver au fil des années. Bien souvent, elle nous tombe dans les mains déjà ébréchée sans que l’on nous donne les morceaux pour la réparer. Parfois, il faut la garder cassée. D’autres fois, au contraire, on peut construire ensemble ce qui manque. Mais la vie est devant, derrière, au-dessus et au-dessous de nous.
Elle est là même si tu l’évites et que tu fermes les yeux et serres les poings."

