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Issue d’une lignée de femmes qui se transmettent de génération en génération la haine de soi, une mère écrit à sa fille dont elle vient d’accoucher, pour lui promettre qu’elle n’aura pas à subir ce qu’elle-même a subi.
Dans une maternité, une femme épuisée, sous perfusion. Elle vient d’accoucher d’une fille, Adèle, et contemple le berceau, entre amour, colère et désespoir. Quelque chose la terrifie au point de la tenir éveillée, de s’interdire tout repos : la loi de la reproduction. De génération en génération, les femmes de sa lignée transportent la blessure de leur condition dans une chaîne désolidarisée, sans merci, où chacune paye l’ardoise de la précédente. Elle le sait, elle en résulte, faite de l’histoire et de la douleur de ses aînées. Elle voudrait que ça s’arrête. Qu’Adèle soit neuve, libre.
Alors comme on vide les armoires, comme on nettoie, elle raconte. Adressant à Adèle le récit de son enfance, elle explore la fabrique silencieuse de la haine de soi qui s’hérite aussi bien que les meubles et la vaisselle. Défiance du corps, diabolisation de la séduction, ravages discrets de la jalousie mère-fille… Elle offre à Adèle un portrait tourmenté de la condition féminine, où le tort fait aux femmes par les femmes apparaît dans sa violence ordinaire.
 
Alors qu'elle vient d'accoucher, Maria Pourchet s'adresse à sa fille, Adèle, et se souvient de son enfance mal accompagnée, élevée par une mère sévère, froide, écrasante, de son existence toujours scrutée jalousée et critiquée, de sa difficile construction au coeur de ce sentiment d'abandon.
Toutes les femmes sauf une traite un sujet peu abordé à savoir non seulement le manque de bienveillance maternelle, mais plus généralement le manque de sororité dans notre société, cette cruauté/violence dont certaines femmes sont capables envers d'autres (y compris une mère), qui conduit à une sorte de soumission que l'on nous enjoint encore d'accepter, voire de répéter. 

En abordant sans filtre ce qu'elle vit et a vécu, Maria Pourchet désacralise la maternité, parle de ce que l'on nous cache et qui éclate au visage dès l'accouchement: l'infantilisation, le manque de liberté de choix, les jugements, le corps abimé, la fatigue, le tout mêlé à une explosion d'amour, véritable chamboulement propice au vertige et aux révélations. 

Pour être honnête, je n'ai pas tout aimé dans ce texte intime plein d'une rage retentissante légitime, mais un peu dur envers le milieu médical (où les patients sont parfois victimes du sentiment d'exaspération ou de supériorité de leurs soignants).
Mais Toutes les femmes sauf une n'est pas qu'un cri douloureux, c'est surtout une lettre sincère, touchante, habitée, thérapeutique. 
La lettre d'une mère fragilisée mais qui n'a jamais été aussi forte, déterminée à briser des chaînes, à ne plus reproduire les schémas familiaux, qui trouve du réconfort dans les livres/les mots, puissants et précieux... Mots qui l'accompagnent dans cette introspection résiliente, écrite en guise de délivrance afin de (re)prendre un chemin apaisée, la main de sa fille dans la sienne.

"Je poursuis loin d'ici un rêve bavard et frénétique, jusqu'au coeur des villes énormes qui vous effrayent, encore je vous entends parler. Et encore j'écoute. Le bruit de la neige est tout ce que j'entends, derrière vous. Après? J'ai un enfant. Après? Je suis debout. Prête à tomber, je saurai recevoir. Après? Ce qui me tue n'est rien en regard de ce que j'espère."

L'auteure >> Maria Pourchet est romancière. Elle a notamment signé Rome en un jour (Gallimard, 2013) et Champion (Gallimard, 2015).
Les éditions Fayard/Pauvert : https://www.fayard.fr/pauvert