La nuit avec ma femme

Le temps d'une nuit, le narrateur est visité par sa femme disparue sous les coups d'un homme. Il lui parle et l'emmène dans une déambulation dans les rues parisiennes. 
Sur les lieux de leur amour et de leurs déchirures, il s'adresse à elle et convoque, au fil de pages intenses, les blessures et les joies de leur destinée tragique, leurs souvenirs communs, leur fils merveilleux et la difficulté de vivre sans elle. 

Même si cela remonte à plus de dix ans, je me souviens très bien de cet été 2003 où Marie Trintignant est tombée sous les coups de son compagnon d'alors. J'aimais l'actrice, sa voix, son tempérament, sa liberté. J'avais un peu suivi le procès qui avait eu lieu ensuite, mais à la lecture de ce livre j'ai réalisé que, bien que ce souvenir restait vif, je n'avais plus tous les éléments en tête.
Ceci étant, celles et ceux qui chercheraient à alimenter une quelconque polémique ou seraient tentés par un certain voyeurisme seraient bien déçus (et tant mieux). Car ce roman ne fait guère office de règlement de comptes, il acte, parfois, mais il s'envole, bien au-dessus, et au-delà. 

Samuel Benchetrit signe un texte émouvant jusqu'à la couverture (illustrée par lui-même), un bouleversant hommage, original, élégant et solaire comme l'était cette femme, malgré la peine, le manque et le sentiment de culpabilité/responsabilité qui l'anime en tant qu'homme et père. 

La nuit avec ma femme est un monologue empli de force, de gravité et d'élan. Un texte d'une infinie poésie, fait de phrases courtes, comme un mantra dit dans un souffle, où il s'adresse à Marie venue lui rendre visite dans une nuit de rêve.
Bien sûr il donne d'une certaine manière sa version de l'histoire, certains passages sont durs et bouleversants, mais il partage essentiellement les sentiments d'un homme meurti qui a perdu une femme follement aimée, mère de son fils privé d'elle pour de terribles raisons, et pour laquelle il ressent une immense tendresse que l'absence n'effacera jamais. 

Un livre court, intense, poignant, sur le deuil, la sidération, le manque d'air et les nouveaux souffles, et les absents qui nous accompagnent, toujours.

"Une année après, notre fils m'a demandé d'aller te voir. Il ne dit jamais au cimetière. Ce n'est pas triste de dire cimetière. Mais ce n'est pas vraiment l'endroit où tu te trouves. Tu n'es nulle part ailleurs que dans nos discussions. quelque part dans les mots qui deviennent des images, des souvenirs fictifs. Des nuages. (...) 
Nous n'allons jamais au cimetière. Ce n'est pas l'endroit où se trouvent les morts. Les morts sont dans les gens. Chacun en porte une quantité plus ou moins importante." 

L'auteur >> Samuel Benchetrit est écrivain, scénariste, metteur en scène de théâtre, réalisateur de films. Il est notamment l'auteur de Chroniques de l'asphalte, Le coeur en dehors et Chien.

Les éditions Plon : http://www.plon.fr/