The Girls

Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d'une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s'y faire accepter. Tandis qu'elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche inéluctablement d'une violence impensable. 

The Girls est un des livres dont on parle beaucoup en cette rentrée littéraire. Un livre que l'on peut, du coup, prendre en grippe et ne pas vouloir lire, s'agaçant du "buzz"...
Et bien ce serait dommage, parce que ce (premier!) roman est franchement impressionnant. 
Impressionnant parce que l'auteur(e) n'a pas 30 ans, et qu'elle écrit parfaitement à propos d'une époque qu'elle n'a pas connue, et surtout, en se mettant dans la peau d'une personne à l'âge déjà bien avancé revenant sur son terrible passé d'adolescente... Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle le fait avec une maturité et une aisance saisissantes.

Evie, adulte solitaire et décalée, n'a jamais réellement réussi à s'intégrer à la société. Elle vit de petits boulots et de mains tendues, entourée des démons de son lourd passé qui, un soir, lui reviennent en pleine figure.
Par le biais de flash backs, Evie nous immerge alors dans les années 60 où elle est une ado riche esseulée, aux parents séparés et à la mère en recherche de renouveau. Quand elle croise le chemin d'un groupe de filles marginales elle se voit irrésistiblement attirée par leur dépouillement, leu liberté, et les longs cheveux noirs de Suzanne...
Suzanne qui finit par l'emmener "au ranch" pour la présenter au charismatique Russell, tisseur d'une toile dans laquelle elle ne demandera qu'à se jeter...

Alors, oui, ok, The Girls a pour trame de fond l'affaire Manson, cet homme manipulateur, pervers et malsain, commanditaire de plusieurs meurtres dont le plus connu fut celui de Sharon Tate (alors enceinte de Roman Polanski) et 5 autres personnes qui se trouvaient à son domicile.
Mais Emma Cline, après s'être documentée, a parfaitement brodé autour de ce fait divers et de cette "Famille" (comme s'appelaient les personnes vivant au ranch de Manson). Elle a changé les noms, et certains faits, pour pouvoir se donner toute liberté dans cette histoire d'adolescente(s) à la "famille" éclatée, aux repères perdus.
Et c'est surtout cela que j'ai ressenti à la lecture de The Girls (au titre assez générique), l'envie de l'auteur(e) d'aborder le manque brûlant d'attention qui pousse à la dérive, l'envie d'aimer et d'être aimée à tout prix, la fascination et cette recherche d'intensité qui fait que l'on perd vite pied à un âge où l'on est particulièrement vulnérable. (Ce qui rend, à mes yeux, le fait divers assez secondaire).   

The Girls est un roman féminin a
u style aussi direct que retenu, peut être encore parfois tâtonnant mais sacrément réussi dans son ensemble. Un roman tendu, dérangeant, parfois violent/révoltant, et, même si profondément ancré dans une époque, étonnamment (et tristement...) intemporel.

"Je rangeais des livres dans l'armoire quand je tombai sur deux vieux Polaroïd blanchâtres, cachés sous une pile de vieux magazines. La présence soudaine de Suzanne dans ma chambre: son sourire sexy et sauvage, le renflement de ses seins. Je pouvais m'amener à ressentir du dégoût pour elle, défoncée à la Dexedrine, transpirant dans le feu du carnage, et être en même temps emportée par un courant irrésistible: c'était Suzanne. Je devais me débarrasser de cette photo, je le savais, cette image portait en elle l'air coupable d'une preuve. Mais j'en étais incapable. Je la retournai et l'enfouis dans un livre que je ne relirais jamais. La seconde photo représentait l'arrière flou de la tête d'une personne qui s'en allait et je l'examinai longtemps avant de m'apercevoir que c'était moi."

L'auteur(e) >> Emma Cline est née en 1989. Elle est titulaire d'un MFA de l'Université Columbia à New York et vit à Brooklyn.
"The Girls" (2016), sorti aux éditions la Table Ronde est son premier roman.
Son site: http://emmacline.com/