Une fille & un flingue

« Dans la vie, on a le droit de tout rater, du moment qu’à la fin ça fait une bonne histoire. Il y a une manière de raconter ses échecs, si on s’y prend bien, qui peut les transformer en succès. Je ne vous parle pas de mentir, mais de bien choisir ses mots. Un film c’est un hold-up. » 
Aliocha, Dimitri, deux frères, un désir : faire un film. Étudiants en cinéma, très fauchés, un peu voyous, ils sortent de nulle part et ne comptent pas y retourner. Armés d’un téléphone portable et de leur seul culot, ils racontent leur coup de poker, joué en plein festival de Cannes, avec la complicité involontaire de deux stars internationales, Catherine D et Gérard D, et du mythique Jean-Luc G. Imposteurs ou petits génies? L’histoire jugera...

Aliocha et Dimitri sont deux frères cinéphiles venus de nulle part mais qui "ne comptent pas y retourner"... Ils rêvent de faire un film, après avoir suivi des cours à la Cité du cinéma auprès d'un certain Luc B (les séances de cours valent leur pesant de cacahuètes)... Les voici donc partis au Festival de Cannes où ils tentent de mettre leur projet en route en croisant le gratin du cinéma (dont un Gérard D savoureux).
Leur espoir: convaincre la mythique Catherine D de tourner avec eux, sans budget, avec un simple téléphone portable, dans un projet original: celui d'un vrai/faux hold-up...
Y parviendront-ils? Si oui, en usant de quels stratagèmes? 
 
Jean-Luc Godard (qui fait une apparition dans le livre) disait, en citant Griffith, que pour faire un bon film il suffisait "d'une fille et d'un flingue"... Ollivier Pourriol en a fait son titre pour rendre hommage à sa manière au 7ème art, avec une sacrée culture/passion/connaissance du milieu, dans un livre saupoudré d'impertinence et de profond respect. 

Ca balance, ça fuse, c'est visuel, dialogué, incarné, et pour avoir cotoyé le monde du cinéma, j'avoue avoir ricané quelques fois en replongeant dans les coulisses de l'industrie cinématographique, la production, ses méandres, ses exigences, ses personnalités hautes en couleurs... 

Et, m
ême s'il n'y va pas de main morte (pour notre plus grand plaisir), Ollivier Pourriol parvient, avec un humour plein de tendresse et parfois de nostalgie, à railler sans discréditer ce milieu fascinant tout en excès mais attachant, auquel on pardonne tout tant il nous fait rêver.
On sent combien il a aimé faire vivre cette aventure aux frères Koulechov, voyous un peu paumés mais déterminés. Qu'il s'est aussi beaucoup amusé à côtoyer et mettre en scène quelques uns de nos monstres sacrés, en se payant des décors hors de prix.  

Monstres sacrés que j'adorerais voir dans l'adaptation ciné de ce parfait scénario de film de braquage (d'ailleurs, il l'était tellement - parfait, et crédible - que cela a valu à Ollivier Pourriol d'intriguer les inspecteurs de police rencontrés dans le cadre de ses recherches). Mais, comme le dit l'auteur lui-même, ce ne serait pas le même budget ;-)...

"Alors dites-moi, Dimitri, Aliocha, vous êtes si jeunes, vous êtes sûrs de vouloir faire du cinéma? C'est devenu tellement difficile. Les films, avant, on avait le temps de les voir, première exclusivité, deuxième exclusivité, ils pouvaient rester des mois dans une salle. Aujourd'hui c'est réglé en une semaine. C'est devenu comme le couscous: des années de savoir-faire, des heures de préparation, et disparu en un clin d'oeil. Vous savez ce qu'on dit à Hollywood? Dans les années trente tous les films avaient du succès, même les bons."

L'auteur >> Ollivier Pourriol est un philosophe français né le 28 octobre 1971. Il est conférencier, écrivain, réalisateur, scénariste et monteur. Il a été professeur de philosophie pendant trois ans en lycée. 

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