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Auvers-sur-Oise, juillet 1890. 
Vincent Van Gogh revient du champ où il est allé peindre, titubant, blessé à mort. Il n’a pas tenté de se suicider, comme on le croit d’ordinaire. On lui a tiré dessus. 
Inspiré par les conclusions des historiens Steven Naifeh et Gregory White Smith, ce roman retrace dans un style épuré les deux dernières années de la vie du peintre et interroge sa fin tragique. 
Qui est responsable de sa mort? Pourquoi l’a-t-on tué? Comment la légende du suicide a-t-elle pu perdurer cent vingt années durant? 
En montrant Vincent Van Gogh aux prises avec son temps, avec ceux qui l’entourent et avec la création, le roman rend justice à un homme d'exception que son époque a condamné à mort.

De Vincent Van Gogh, je savais finalement peu de choses, évidemment je connais ses tableaux, je savais aussi qu'il avait eu une existence chahutée, et n'avait pas rencontré le succès qu'il méritait de son vivant. Mais je ne m'étais pas plus penchée sur les détails de sa courte vie et de son destin tragique.
Marianne Jaeglé, elle, l'a fait et cela donne ce roman documenté à l'incroyable fluidité. 
Un roman qui revient sur les deux dernières années du peintre, et les raisons de sa mort. 
Car les recherches des historiens Steven Naifeh et Gregory White Smith (auteurs d'une biographie sur Van Gogh) affirment (après dix ans de recherches) qu'il ne s'est pas suicidé mais a été tué (la trajectoire de la balle laissant penser qu'il n'a pas pu tirer lui-même).

Mais, au-delà du désir de rétablir cette vérité, Vincent qu'on assassine démontre de manière plus subtile combien il a plus largement été assassiné par la société qui s'est évertuée à le rejeter, à nier son talent, à le persécuter au point de le pousser à la folie.
Combien il aurait souhaité voir reconnaître son talent, en travaillant avec ferveur (il aura peint plus de 2000 toiles), en essayant de se lier d'amitié avec d'autres peintres, notamment Gauguin, en vain...
Et, outre le thème de la création artistique son statut et ses déboires, ce qui m'a touchée dans ce roman c'est la façon dont est décrit ce lien qui unissait Vincent à son frère Théo, marchand d'art, qui, convaincu de son talent et du nouveau souffle/tournant qu'il apportait à l'impressionnisme, lui fournissait toiles et peinture, l'entourant jusqu'au bout de toute sa bienveillance.

Ce qui rend Vincent qu'on assassine passionnant c'est ce sentiment de partager le quotidien, les décors et les pensées de ce grand peintre tourmenté aux prises avec l'incompréhension de ses contemporains. D
ans un style limpide, visuel et poétique, Marianne Jaeglé nous offre un véritable voyage dans le temps et dans la psychologie fragile d'un artiste plein d'un espoir déçu, victime d'une société obtuse.

"L'air du soir embaume les senteurs de l'été, un mélange d'herbes sèches, de poussiers et du parfum des fleurs qui émane de la terre chaude encore des ardeurs du jour. Ces senteurs montent du sol comme d'un corps alangui. Il s'enivre de ce parfum en marchant. Demain il peindra ce champ de blé mûr, avec ses épis gonflés et lourds, parsemé de fleurs délicates, et au-dessus, comme un aplat de couleur, le ciel d'un bleu cobalt vif et pur. En montrant cela, la nature simple et sublime, il donnera envie de bonté et d'espérance à tous ceux qui regarderont sa toile."

L'auteur(e) >> Agrégée de lettres modernes, Marianne Jaeglé a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels l’Histoire de Paris et des Parisiens, éditions Compagnie 12, ouvrage lauréat du prix Haussmann 2006 et Une poupée qui dit non, éditions Calmann-Levy, écrit avec Galina Valkova ainsi qu'un roman Vous n'aurez qu'à fermer les yeux, paru chez Jacques-Marie Laffont éditeur juin 2010. Elle est également l’auteur de plusieurs films documentaires. 

La collection L'Arpenteur chez Gallimard : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/L-Arpenteur