Les gens heureux

Ce livre est une sorte de calendrier de l'avent.
Pendant les quarante jours qui ont précédé mon quarantième anniversaire, j'ai écrit un texte par jour et par année en m'appuyant chaque jour sur une photographie me mettant en scène de zéro (quelques jours à peine) à trente-neuf ans.
Il s’agissait moins de dresser un bilan que de tenter de se réapproprier la vie qui passe, de tisser des fils entre les événements pour apercevoir, espérer, fabriquer une cohérence.
Les Gens heureux n'ont pas d'histoire, cette phrase de Tolstoï traînait dans ma tête parce que j'étais heureuse et croyais n'avoir rien vécu. Mon calendrier de l'avent raconte, par le récit de soi qui est nécessairement fiction, comment l'on devient, un caractère et une personne, des rêves et des ambitions, orientés, déterminés, polis par ceux qui nous précèdent et nous accompagnent, aïeux et parents, puis ceux qui nous côtoient et nous forment, camarades, amis, amoureux, enseignants, et tous ces objets qui passent en nous, les films, les tableaux, les livres, les chansons, leurs personnages et leurs auteurs, mais aussi ces événements que nous vivons, l'historique aussi intimement que l'intime, de l'élection d'un président de gauche, à des attentats meurtriers dans le RER, en passant par la chute du mur de Berlin, du premier contact avec la mort à la naissance de nos enfants, en passant par l'unique gifle reçue, la première expérience sexuelle, le premier chagrin d'amour, et le lancinant, l'enlisant quotidien.

J'avais suivi, sur Facebook, les billets quotidiens d'Eloïse Lièvre durant les quarante jours précédants ses 40 ans... Je les trouvais touchants, émouvants. Et c'était étrange car, m'apprêtant à célébrer les mêmes 40 ans quelques mois plus tard, ce "compte à rebours" faisait écho, son album photo me rappelait le mien, ses mots/souvenirs résonnaient en moi.
Alors, quand j'ai appris qu'elle allait développer l'idée dans un livre, j'étais évidemment heureuse et curieuse de retrouver sa plume et un bout de mon passé à travers le sien. 
Une plume parfois imparfaite, car spontanée, sincère, fébrile et fragile, posant des mots doux et bienveillant sur celle qu'elle a été et est devenue. Celle qu'elle s'autorise à être.

Chaque chapitre/billet est daté et accompagné de la photo qui l'a inspiré, et il faut prendre le temps de s'arrêter sur ces images témoins/preuves d'un passé, d'une existence racontée avec pudeur, simplicité, sans narcissisme.
D'Eloïse bébé à celle de 40 ans, ses premières fois, ses découvertes, ses interrogations, ses deuils et déceptions, c'est une vie que l'on qualifierait d'ordinaire que nous traversons, et c'est là qu'elle nous bouleverse, Eloïse, car cette vie banale n'est pas ennuyeuse, elle a sa part de poésie, ses rires et ses larmes, et elle
 mérite d'être regardée. Comme celle de tout un chacun

"Dans "Comment je me suis disputé", le film d'Arnaud Desplechin, Paul Dédalus fait une expérience traumatisante: au moment de passer les portes automatisées de son université, il constate qu'elles ne s'ouvrent pas, ne le voient pas, comme si son corps, et toute sa personne, étaient trop diaphanes, et d'une insuffisante consistance pour que les capteurs soient sensibles à sa présence, comme s'il n'existait pas. Il n'y a pas de scène de cinéma, de fragment d'oeuvre d'art, dans lequel je me reconnaisse plus. Cette scène me contient toute, et le sentiment qui explique tout, les photographies au miroir. 
Je veux me rassurer, besoin de me rassurer, je veux des preuves, tellement tellement l'impression de ne pas exister."

L'auteur(e) >> Eloïse Lièvre n’est pas un pseudonyme. Elle est née le 10 janvier 1974 à Agen. Elle déteste les courants d’air et l’injustice. Elle a deux enfants. Eloïse Lièvre est normalienne agrégée. Elle n’écoute presque jamais de musique. Eloïse Lièvre mesure un mètre cinquante huit et doit perdre trois kilos. Elle a une collection de gadgets japonais. Elle aime La Vie de Marianne, Le Ravissement de Lol V. Stein et Martine fait du théâtre. Eloïse Lièvre habite près d’un grand cimetière. Elle tient mal son stylo. Elle porte Coco Mademoiselle. Eloïse Lièvre souvent rêvasse. Elle est licenciée en Histoire de l’art. 
Son site: http://www.eloiselievre.fr/

Les éditions JC Lattès : http://www.editions-jclattes.fr/

Mon billet sur son précédent roman: La biche ne se montre pas au chasseur