Daddy Love

Avec Daddy Love, Oates emmène son lecteur aux frontières de l'horreur. Une horreur qui commence dans le centre commercial où Robbie, cinq ans, l'enfant chéri des Whitcomb, est enlevé sous les yeux de sa mère.Le ravisseur, un technicien du kidnapping, collectionne les petits garçons dont il se débarrasse dès qu'ils atteignent onze ou douze ans. Devenu « Gideon », Robbie va ainsi passer sept ans à « obéir » à Daddy Love afin de survivre aux traitements abominables que celui-ci lui fait subir.
Mais qui est Daddy Love? Un homme charmant du nom de Chet Cash. Pasteur itinérant de l'Église de l'espoir impérissable, dont les prêches subjuguent l'assistance, c'est aussi un citoyen actif et estimé du village de Kittatinny Falls, un artiste admiré faisant commerce d'objets en macramé (fabriqués par Gideon), un homme que les femmes trouvent irrésistible. Tandis qu'il continue allègrement « d'éduquer » ses proies. 
Et puis, soudain... (et je ne mets pas la suite de la présentation de l'éditeur, préférant vous en réserver la découverte à la lecture du roman...).

Terrifiant... Ce roman est terrifiant, saisissant, glaçant.
Alors, c'est compliqué, je ne saurais le conseiller à des âmes sensibles (parmi lesquelles je compte cela dit...!), car oui c'est une lecture inconfortable et éprouvante mais... c'est Joyce Carol Oates, et je ne sais pas résister à un livre d'elle tant elle me happe à chaque fois. 
Et ça n'a pas loupé, une fois ce roman commencé son style hypnotique a encore fonctionné, et j'ai basculé dans l'horreur avec les personnages, malgré le sentiment de malaise ressenti dès les premières phrases, l
ancinantes, répétées, presque scandées, de cette scène d'enlèvement.

Evidemment le thème de la pédophilie est intolérable (mais Joyce Carol Oates garde toujours la bonne distance), la manipulation et les actes de Daddy Love (utilisant une "couverture" de pré(dateur)dicateur-fascinant-bien-sous-tout-rapport) sont abominables, écoeurants, la souffrance des parents effroyable, la culpabilité de la mère poignante... sans parler de l'incompréhension déchirante de Robbie/Gideon dont l'innoncence se voit fauchée en plein parking...

Vous l'aurez compris, tout est glauque, les personnages sont extrêmement sombres, ou assombris (malgré l'apparition d'une douce lueur), dans ce roman qui aborde, avec force, recul et sensibilité, 
un thème cher à Joyce Carol Oates, à savoir le vide laissé par les absents et l'enfance fracassée par la maltraitance, la violence, la cruauté, la folie de certains adultes.

On reste en apnée durant la totalité des pages, on ressort ébranlé de cette lecture 
puissante, grave et dérangeante qui nous serre la gorge et nous laisse, à sa toute dernière page, dans un certain état de sidération (et de totale admiration)...

"Donne-moi la main, dit-elle.
Il le fit. Il tendit sa petite main à maman. C'était peut-être cinq minutes avant l'enlèvement."

L'auteur(e) >> Joyce Carol Oates est née en 1938 à l'ouest du lac Erié. Son père travaillait pour la General Motors. Elle passe une enfance solitaire face à sa soeur autiste et découvre, lorsqu'elle s'installe à Detroit au début des années 60, la violence des conflits sociaux et raciaux.
Membre de l'Académie américaine des arts et des lettres depuis 2008, professeur de littérature anglaise à Princeton. Titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires (elle figure depuis des années sur la courte liste des Nobélisables), Joyce Carol Oates figure depuis longtemps au premier rang des écrivains contemporains. Elle a reçu le prix Femina étranger en 2005 pour Les Chutes.