Ta façon

« C’est l’heure du départ, la fin de l’été. Il faut rentrer. Dans la chambre, je reste transie, incapable de bouger. C’est l’angoisse et les regrets qui me paralysent. Je comprends que je n’ai pas pris le temps de défaire mes valises, ni même de regarder à la fenêtre. Maintenant que je réalise qu’on y voit la mer, il est temps de m’y arracher. Le séjour est passé sans moi. J’étais là, et je ne le savais pas. J’en conçois une tristesse et une culpabilité infinies, sans commune mesure avec les faits. Tu connais ce rêve étrange que je t’ai souvent décrit. Il m’a hantée chaque nuit pendant des années. Et puis un jour je ne l’ai plus fait. 
Ce jour-là, j’ai compris que l’été avait duré vingt-six ans. »

Elles sont amies d’enfance. L’une est inquiète, rêveuse, introvertie; l’autre est souriante, joyeuse, lumineuse. Ensemble, elles grandissent, découvrent la vie, l’amour. Jusqu’à ce qu’un drame bouleverse le monde qu’elles se sont bâti... 

Ayant été victime d'un accident me privant temporairement de mon poignet gauche et de mon épaule droite (...) j'écris ce billet via la fonction "dictée" de mon MacBook. Je vous présente donc d'ores et déjà mes excuses quant à la syntaxe aléatoire, et mon éventuelle vigilance réduite.

Camille Anseaume m'avait émue/touchée avec son précédent livre (et premier roman),
Un tout petit rien (et elle avait conquis ma fille en lui offrant des bonbons et une boisson au salon du livre de l'an dernier :-)).
Alors, en commençant Ta façon d'être au monde, je me suis demandé si elle allait "confirmer l'essai" et parvenir à encore une fois me cueillir.

Pour tout vous dire, j'ai cru que ça s'annonçait mal, ayant eu quelques difficultés à rentrer dans les premières pages et à bien identifier les personnages, mais cela peut être de ma simple faute, étant donné ma capacité de concentration un peu diminuée actuellement... 
Enfin, passons, car l'essentiel est qu'au bout de quelques pages, j'étais véritablement plongée dans cette histoire d'amitié de deux fillettes qui ne se quitteront plus, de l'école aux vacances jusqu'à l'âge adulte dans lequel elles rentreront violemment.
Nous les voyons évoluer ensemble (dans un décor et une époque parfaitement plantés), s'apprendre, compléter les manques l'une de l'autre, s'écouter, se soutenir, grandir, puis devenir adultes, avoir une bande d'amis soudés, partager leurs soirées leurs rires leurs peines et leurs doutes... alors que l'une vit une belle histoire d'amour et que l'autre l'attend toujours.
Jusqu'au drame qui les brisera intérieurement, en les précipitant dans le deuil à un âge où l'on est juste supposé avoir la vie devant soit.
Camille Anseaume nous offre alors de très beaux passages sur cette vie qui passe sans que l'on y prête attention, alors qu'elle peut s'arrêter à tout moment. Des mots déchirants sur la perte, le choc, le manque, l'impuissance et la vulnérabilité que l'on ressent et font prendre conscience de l'urgence de vivre.

Ta façon d'être au monde est un roman sensible, abrupt et gracieux à la fois, imbibé d'une vie faite d'enfance, de famille, de leçons, d'amitié comme rempart, mais loin du conte de fée... une vie qui se révèle fragile et sans fadaises, avec toute sa brutalité et ses secrets parfois lourds à porter.
 
"Qu'est-ce qu'il va devenir si on commence déjà à ne plus se rappeler?

On n'envisage jamais vraiment la possibilité de parler de ses amis à l"imparfait. Naturellement on les conjugue au présent ou au passé composé. Aujourd'hui, on dit au détour d'une conversation qu'il adorait la charcuterie corse et détestait la prétention. Ça sonne comme une sentence morbide, et on préfèrerait qu'il ait changé d'avis sur les deux. (...)
On parlera de lui à l'imparfait. Et à chaque terminaison en -ait, ça nous fera pousser un cheveu gris, et ça donnera à nos conversations des allures d'enterrement." 

L'auteur(e) >> Camille Anseaume est écrivain et journaliste. Elle tient également le blog Café de filles. Son premier roman Un tout petit rien a paru en 2014 aux éditions KERO.